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Antibiorésistance : comment l’élevage intensif rend nos médicaments moins efficaces

Publié le 26 janvier 2026

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Article de l’Oeil - N°64

Les antibiotiques sauvent de nombreuses vies humaines, mais les bactéries y sont de plus en plus résistantes : l’antibiorésistance est ainsi devenue l’une des plus graves menaces pour la santé. Pourquoi, et comment agir ? “Environmental antimicrobial resistance and its drivers: a potential threat to public health” est un article écrit par Samreen et al. publié en août 2021 dans le Journal of Global Antimicrobial Resistance. Notre analyse en trois points :

 

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#1 Depuis la découverte de la pénicilline, les antibiotiques jouent un rôle important dans le traitement de nombreuses maladies infectieuses chez les humains. Mais parfois, les antibiotiques ne fonctionnent pas car les bactéries sont trop résistantes : c’est l’antibiorésistance. Le phénomène est naturel, mais son accélération ne l’est pas : à force d’utiliser des antibiotiques, les bactéries survivantes prolifèrent (c’est la pression sélective) et peuvent transmettre leur résistance à d’autres bactéries (par transfert génétique horizontal). Aujourd’hui, il existe des bactéries résistantes à presque tous les antibiotiques. Chaque année en Europe, près d’un  million de personnes sont infectées et 35 000 décès sont attribuables à l’antibiorésistance1. Selon l’OMS, ce phénomène représentant plus d’1,2 millions de morts dans le monde pourrait devenir l’une des premières causes de mortalité avec 10 millions de victimes par an d’ici 2050, soit plus que les décès liés au cancer. L’organisation mondiale de la santé redoute « une ère post-antibiotique dans laquelle des infections courantes et de petites blessures seront à nouveau mortelles ».
#2 Pourquoi l’antibiorésistance augmente-t-elle ?    La médecine n’est pas le seul contributeur : des antibiotiques sont également utilisés couramment dans l’aquaculture et l’élevage. Les bactéries résistantes sont transférées aux humains par des aliments contaminés et par l’environnement, via les eaux usées, les urines et le fumier animal2. L’augmentation de la consommation  d’aliments d’origine animale est donc un facteur explicatif important. Les auteurs relèvent également comme sources de résistance les biocides et la concentration en métaux lourds dans les eaux et sols.
#3 Comment lutter contre l’antibiorésistance ?  L’OMS préconise une approche holistique (one health) articulant santé humaine, animale et environnementale. L’Union européenne a notamment interdit en 2006 leur utilisation comme facteur de croissance des animaux. Mais l’usage d’antibiotiques à titre préventif ou curatif reste très répandu dans l’aquaculture et l’élevage.
En France, des avancées indéniables mais sans remise en question de l’élevage intensif
La France a diminué de 48 % l’exposition aux antibiotiques des animaux d’élevage entre 2011 et 2023, un résultat remarquable obtenu en ciblant des antibiotiques critiques et réduisant les usages excessifs. Pourtant, la résistance des bactéries reste préoccupante. La nouvelle feuille de route interministérielle poursuit une approche essentiellement technique, basée sur l’innovation, la surveillance et un usage rationalisé. Mais elle n’envisage pas de réduction de l’aquaculture et de l’élevage (plus de 900 millions de volailles, porcs et vaches abattus par an en France) et ne fait pas mention de l’élevage intensif. Celui-ci est pourtant au cœur du problème : le nombre d’animaux, leur proximité, leur confinement et leur standardisation génétique favorisent l’émergence et la transmission de pathogènes, le recours aux antibiotiques et l’émergence de résistances3. Alors que l’élevage intensif représente 80 % des animaux terrestres abattus en France, la lutte contre l’antibiorésistance risque d’atteindre un palier infranchissable si elle ne questionne pas les conditions d’élevage actuelles.

L’avis de Pauline Bureau, Vice-présidente de LFE

Comme de nombreuses problématiques écologiques, l’antibiorésistance invite à interroger nos
modes de production et de consommation ainsi que notre rapport au non-humain, afin de
comprendre l’enchevêtrement de ses causes et d’y répondre durablement.

1L’étude commentée des chiffres de l’ECDC 2018, nous avons ici repris les chiffres de 2022 pour les années 2016 à 2020.
2 30 à 90 % des antibiotiques consommés par les animaux se retrouvent dans l’urine et le fumier. Certains antibiotiques sont aussi utilisés comme pesticides.
3 Cet aspect est notamment dénoncé par l’association CIWF. L’INRAE relève par exemple le sevrage trop précoce des porcelets et les traitements de masse des boiteries touchant les poulets de chair en élevage intensif. L’ANSES invite quand à elle à « améliorer l’hygiène et le bien-être animal pour éviter les infections ».

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