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Dossier n°6 : « Les enjeux écologiques des élections européennes »

Publié le 12 février 2024

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Article publié - N°6

Ce dossier vise à délivrer des propositions, dont la mise en œuvre dès le début du prochain mandat européen est indispensable pour atteindre la neutralité carbone et stopper la destruction de la biodiversité à l’horizon 2050. Composé de 4 chapitres structurants, ce dossier fait un état des lieux du contexte, des actions déjà menées et des principaux enjeux pour les prochaines années. Il y est question de climat et de biodiversité, d’agriculture et d’alimentation, d’énergie et d’entreprises et enfin, de citoyenneté et d’environnement. 
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Les prochaines élections européennes seront particulièrement cruciales pour l’avenir de l’Europe et la réussite de l’action climatique et écologique.
Le contexte est fortement marqué par les crises ayant affecté le monde ces dernières années, du COVID à la guerre en Ukraine, de la crise énergétique au conflit israélo-palestinien, des menaces isolationnistes outre-Atlantique à l’aggravation des conflits en Afrique ou en Asie. Face à ces crises, l’Europe a su réagir, notamment en assouplissant ses règles budgétaires afin de mener des politiques communes, par exemple sur les vaccins ou l’aide à l’Ukraine. Elle reste pourtant loin d’une Europe puissante. Sur le climat, la première partie de la mandature a été marquée par une vraie priorité politique donnée à l’action climatique et environnementale. L’existence du Pacte vert est d’autant plus importante que la décennie en cours est totalement décisive pour se mettre sur la trajectoire des accords de Paris en matière de changement climatique.
Ces deux dernières années, cette priorité a cependant subi plusieurs reculs importants, en particulier sur l’agriculture. Les partis d’extrême droite et une partie croissante de la droite européenne affichent dorénavant une hostilité assumée à une transition menée à un rythme compatible avec la réduction des émissions programmée pour 2030. Ils cherchent à en ralentir le tempo et à vider de leur substance les mesures déjà prises. Cette attitude s’est traduite, par exemple, par le détricotage de la récente loi européenne de protection de la nature, adoptée in fine de justesse.
De façon générale, la montée électorale des partis dits « populistes », qui s’observe dans pratiquement tous les pays de l’Union, s’effectue sur une base très hostile à l’écologie et à la transition climatique, sur fond de climato-scepticisme. La question est délibérément reléguée derrière d’autres préoccupations, à commencer par l’immigration. Quand elle se préoccupe d’écologie, l’approche populiste s’efforce assez systématiquement de la restreindre à une vision protectionniste et localiste aux limites évidentes. Il serait dramatique qu’une coalition majoritaire anti-climat, rassemblant populistes et droites européennes, sorte des urnes.
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Pour contrecarrer cette tendance, il faut mener une analyse précise et lucide sur ce qui contribue à alimenter ce sentiment anti-climat. Il y a d’abord des facteurs extérieurs à la politique écologique européenne. La guerre en Ukraine a montré l’ampleur des risques que courait le continent, relativisant le risque climatique, perçu comme étant à plus long terme. Les mesures prises pour faire face à la crise énergétique n’ont pas été en accord avec le sens de l’action climatique, s’agissant par exemple des boucliers tarifaires sur les énergies fossiles. Mais l’action écologique elle-même a aussi sa part de responsabilité. Corriger ses difficultés et ses carences constitue ainsi un enjeu majeur.
Il y a d’abord un « déficit d’horizon », au niveau français ou européen. La récente crise agricole en a été l’une des manifestations, la colère et la protestation révélant l’illisibilité de l’avenir pour les agriculteurs dans le contexte de changement climatique. Plus fondamentalement, l’action contre le dérèglement climatique et pour la protection de la biodiversité se résume trop souvent à des solutions techniques, comme le remplacement de moteurs diesel par des moteurs électriques, ou à des choix financiers différents. Pour réussir, elle doit aussi s’atteler à des changements structurels. Le plus facile a été fait, le plus dur reste à faire, par exemple en matière d’aménagement du territoire, de sobriété, de changement de modèles de production et de consommation. Dès lors que l’organisation de la société et les modes de vie sont concernés, l’inquiétude voire l’hostilité d’une partie de la population peut être forte, alors que les bénéfices restent difficiles à appréhender à court terme.
Voilà pourquoi les objectifs de la campagne électorale européenne doivent être de tracer l’horizon 2050 de la France et de l’Europe en situation de neutralité climatique, de fixer les objectifs pour 2040, et, peut-être surtout, de mettre en débat les choix structurels d’organisation des sociétés européennes. C’est un enjeu à la fois économique, social et culturel.
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Comment faire pour convaincre les électeurs ?
Il s’agit d’abord de donner une nouvelle impulsion réelle à des transformations structurantes, en particulier en les mettant à l’ordre du jour de la future Commission européenne, une nouvelle étape du Pacte vert, avec des incitations claires à la nouvelle économie de l’usage ; une réforme fiscale permettant que le prix des produits propres ne soit pas supérieur à celui des produits sales ; des mécanismes précis d’encouragement à la sobriété énergétique et consumériste ; une approche disruptive de l’aménagement du territoire pour transformer les conditions de mobilité en réduisant par exemple les temps de trajets contraints entre le domicile et le lieu de travail. Changer le modèle de développement européen est un prérequis pour réussir l’action climatique.
Il convient ensuite de faire en sorte que les décisions prises n’accroissent pas les inégalités, mais au contraire les réduisent. Le sentiment dominant des populations aux revenus modestes est que les mutations demandées entraînent d’importants efforts dont seraient dispensées celles aux revenus aisés. Et il est vrai que certaines transformations indispensables, par exemple pour les industries pétrolières, automobiles, ou encore l’élevage, vont exiger des reconversions et méritent d’être pleinement accompagnées. De ce point de vue, le dispositif européen de solidarité est largement insuffisant et risque d’être consacré principalement au soutien des reconversions industrielles dans les régions d’exploitation de charbon. Accroître fortement les montants affectés par le budget européen à la solidarité climatique est une condition d’acceptabilité sociale de la transition.
La question du financement mérite également d’être remise à plat. Pour réussir à financer les investissements nécessaires, les montants à mobiliser sont considérables. Le sujet n’a jusqu’à présent pas fait l’objet de décisions suffisantes et satisfaisantes à Bruxelles. L’Union européenne a tendance à agir principalement par des objectifs, des normes, des lois et des règlements, contrairement aux États-Unis qui misent très majoritairement sur des incitations ou des interventions budgétaires. Il est temps de changer de méthode. L’urgence impose de définir un régime spécifique pour le financement des investissements de la transition écologique.
Si l’action climatique européenne a tendance à être vécue comme contraignante et lointaine, c’est l’un des reflets de la crise que connaissent les démocraties occidentales, accentuée par la place donnée aux faits et à l’expertise scientifique. En régime démocratique, les politiques doivent justifier et éclairer leurs décisions. Mais celles-ci, en aucune manière, ne peuvent se substituer aux choix des citoyens. Encore faut-il que ces derniers soient partie prenante d’un réel processus de délibération collaborative, ce qui est loin d’être suffisamment le cas compte tenu des caractéristiques de l’Union européenne et de son histoire, construite par le haut. Il est donc temps de lancer des initiatives de débat et de co-construction citoyenne, avec par exemple, au lendemain des élections européennes des États généraux du climat et de la biodiversité, associant toutes les parties prenantes. La transition ne pourra réussir qu’en s’appuyant sur une extension de la démocratie citoyenne en Europe.
Amplifier la politique écologique européenne, tout en changeant un certain nombre de ses méthodes, est un impératif. Sortir de l’Europe ou, ce qui revient au même, s’affranchir de ses règles serait à l’inverse une grave erreur. Sans elle, depuis plusieurs décennies, les sujets environnementaux auraient avancé probablement beaucoup moins vite, sur la pollution de l’air, sur la gestion de l’eau ou les risques. S’agissant du climat, en particulier, aucun pays, pas même la France, n’a le poids ni la capacité de mener une politique qui ne convergerait pas avec celle de ses partenaires européens. Quand on envisage la politique climatique à l’horizon de la décennie, plus que jamais résonne la célèbre formule : la France est notre patrie, l’Europe est notre avenir.

Les fiches du dossier

CHAPITRE 1 : CLIMAT ET BIODIVERSITÉ
CHAPITRE 2 : AGRICULTURE ET ALIMENTATION
CHAPITRE 3: ÉNERGIE ET ENTREPRISES
CHAPITRE 4 : CITOYENS ET ENVIRONNEMENT

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