Politique Société

Les politiques environnementales contre la justice sociale ?

Publié le 13 juillet 2015

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Article de l’Oeil - N°4

L’étude « Securing social justice in green economies »1 de Kate Raworth, Sarah Wykes et Steve Bass (International Institute for Environment and Development et CAFOD, octobre 2014) met en avant un paradoxe trop peu souvent évoqué : les politiques environnementales peuvent contribuer à creuser les inégalités sociales, alors même que ce sont les plus démunis qui sont les plus exposés aux dégradations de l’environnement. Si cette étude se base sur le cas des pays en développement, la question se pose également pour les pays développés2. Ce constat oblige à s’interroger sur les modalités de construction des politiques publiques environnementales.
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Le développement durable comporte des contradictions entre l’économique, le social et l’environnemental. Les populations les plus défavorisées sont à la fois les plus affectées par les dégradations de l’environnement et souvent les moins responsables de celles-ci. Elles peuvent être pourtant amenées à contribuer fortement aux politiques environnementales, et en tirent plutôt moins de bénéfices que d’autres catégories sociales.
L’étude fait ainsi ressortir trois idées fortes : contrairement à ce qui est parfois affirmé, les politiques environnementales ne sont pas forcément synonymes de justice sociale (1) ; la stricte compensation de leurs effets négatifs sur le plan social n’est pas forcément la solution (2) ; pour y parvenir, il faut intégrer les populations les plus pauvres dans le processus de décision (3).
#1 Même si les trois quarts de la population mondiale sont directement dépendants de l’environnement dans leur vie quotidienne3, et donc les premiers touchés par les dégradations écologiques, les politiques de protection de l’environnement peuvent conduire à une « double peine » pour ces populations. Sur le plan environnemental, les politiques de protection peuvent se limiter à déplacer le problème vers les zones les plus pauvres4 (ex : interdiction d’installation d’usines polluantes à proximité de quartiers résidentiels). Sur le plan social, l’internalisation des coûts environnementaux de certaines ressources, comme le fuel ou l’eau, peut entraîner une augmentation des prix qui impacte en premier lieu les ménages les plus en difficultés.
 
#2 Pour mettre en place une mesure socialement juste et écologiquement efficace, il ne suffit pas de compenser ses effets négatifs, mais il faut trouver des solutions « gagnant-gagnant » en termes de bénéfices sociaux et environnementaux. Lorsque le gouvernement ghanéen a par exemple retiré les subventions au fuel en 20055, il a financé par cette économie la suppression des frais de scolarité des écoles primaires et secondaires ainsi que de nombreux investissements en transports publics et infrastructures de santé. La co-construction des politiques publiques doit ainsi intégrer suffisamment en amont plusieurs objectifs : environnement, éducation, mobilité, santé…
 
#3 Pour y parvenir, la présence dans les instances de concertation des populations les plus pauvres et précaires est indispensable, alors qu’elles sont souvent exclues. Au Népal, par exemple, l’intégration de femmes au sein des instances de gestion des 14 000 communautés d’usagers de ressources forestières a entrainé une meilleure répartition des coûts et des bénéfices6. Les enjeux de démocratie participative sont ainsi étroitement liés aux questions environnementales et sociales.
 
1 Document complet : http://pubs.iied.org/pdfs/16578IIED.pdf
2 En France, par exemple, les aides publiques favorisant l’installation d’équipements d’énergies renouvelables, comme les panneaux photovoltaïques, profitent essentiellement aux propriétaires de maisons individuelles, donc à des ménages plus aisés, alors même qu’elles sont financées, via notamment la contribution au service public de l’électricité (CSPE), par tous les consommateurs, y compris les plus précaires.
3 Selon la FAO, parmi les populations les plus vulnérables, 50% sont des paysans agricoles, 20% d’entre eux des ouvriers en milieu rural, et 10% d’entre eux dépendent de la pêche et de la foresterie.
4 World Bank, Is green growth good for the poor ?, Stefan Dercon, 2012, http://elibrary.worldbank.org/doi/pdf/10.1596/1813-9450-6231
5 Etude de l’International Monetary Fund, 2013
6 Etude du World Resources Institute, 2011

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Ce mardi 17 septembre 2019, une cinquantaine de personnes étaient présentes à la Maison des Acteurs du Paris Durable pour participer à notre 37ème Atelier Co-Ecologique et débattre de la Note "Quelle prise en compte de la voix de l'environnement dans l'entreprise ?". Cet Atelier a réuni les membres du Groupe de travail dont la Note est issue, ainsi que deux grands témoins : Patricia Savin, Présidente d'Orée, et Pierre Victoria, Directeur Développement Durable chez Véolia.

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