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« Les eaux ne sont pas neutres » : quand les crises climatiques révèlent les inégalités environnementales

Publié le 26 octobre 2026

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Article de l’Oeil - N°64

« Les eaux ne sont pas neutres : les Terreiros du Rio Grande do Sul dans un contexte de crise climatique et le racisme environnemental » 1 (notre trad.) est un article écrit par les chercheuses brésiliennes Cláudia Luisa Zeferino Pires et Tanara Forte Furtado, publié en 2026 dans la revue « Revista Direito e Praxis ». Les autrices s’intéressent aux inondations ayant touché l’État brésilien de Rio Grande do Sul en 2024. À travers l’exemple des Terreiros (lieux de culte de religions afro-brésiliennes), elles analysent les liens entre vulnérabilité climatique et processus historiques de ségrégation spatiale et d’exclusion sociale.

 

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#1 En avril 2024, l’État du Rio Grande do Sul, au Brésil, a été frappé par des pluies très violentes. Aujourd’hui, cet épisode climatique est considéré comme l’un des plus graves jamais enregistrés au Brésil, voire dans les pays du Sud. Ces pluies ont provoqué des inondations d’une ampleur inédite, détruisant de nombreuses infrastructures, et en particulier les Terreiros : 94% d’entre eux ont été touchés et plus de la moitié ont été entièrement détruits. Selon les chercheuses, cette surexposition des Terreiros n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’une longue histoire de marginalisation des communautés utilisant ces lieux de culte afro-brésiliens, qui ont été implantés dans les espaces urbains les plus pauvres et périphériques.
#2 Les autrices montrent que la concentration de Terreiros dans des zones à risque est la conséquence de décennies d’exclusion territoriale héritée de la période post-esclavagiste (fin du XIXe siècle), où l’accès à l’emploi régulier était inaccessible aux esclaves affranchis ainsi qu’à leur famille, ce qui les a exclus des logements en ville. Depuis lors, les populations noires et leurs lieux de culte ont été progressivement repoussés vers la périphérie des grandes villes, dans des logements de fortune situés dans des zones dépourvues des infrastructures nécessaires pour se protéger des risques environnementaux. Au-delà de ses motivations raciales, cette exclusion est également religieuse : les Terreiros, ont longtemps été stigmatisés et persécutés en tant que lieux de culte afro-brésiliens, ce qui a renforcé la marginalisation géographique des communautés afro-brésiliennes.
#3 Cette analyse amène les autrices à mobiliser les concepts de justice et de racisme environnementaux. La justice environnementale vise à reconnaître les inégalités auxquelles sont confrontées les communautés autochtones, racialisées ou marginalisées. Le racisme environnemental est un racisme systémique qui rend une communauté plus vulnérable aux crises climatiques du fait de son appartenance ethnique2. Ces concepts invitent à dépasser une lecture strictement environnementale et technique du changement climatique pour considérer les facteurs socio-historiques de vulnérabilité et proposer des mesures de réparation. Les chercheuses préconisent notamment l’inclusion obligatoire des Terreiros dans les plans de gestion des risques, des financements publics dédiés à leur reconstruction et des protocoles de protection spécifiques pour ce patrimoine. À l’échelle internationale, elles plaident pour la reconnaissance institutionnelle du racisme environnemental, concept largement utilisé par les Nations Unies mais dont les définitions suscitent d’importants désaccords.
Le cas français
Ces mécanismes socio-historiques sont également à l’œuvre en France : si les épisodes de canicule ont touché tout le territoire, tous n’y ont pas été exposés de la même manière. Les quartiers populaires, souvent situés en périphérie des grandes villes, présentent une forte densité foncière, peu d’espaces verts et des logements anciens, souvent mal isolés, ce qui en fait de véritables îlots de chaleur urbains. Ils concentrent aussi des populations plus précaires, avec un accès plus limité à la climatisation, aux soins ou aux lieux rafraîchis pendant les pics de chaleur. Comme au Brésil, cette vulnérabilité s’inscrit dans une histoire de planification urbaine bien spécifique. Celle-ci est marquée par la construction des « grands ensembles » 3, qui ont progressivement conduit à une concentration de ménages aux revenus modestes dans certains quartiers 4. Les canicules viennent ainsi révéler des fractures sociales et territoriales déjà bien installées.

 

L’avis de Pauline Bureau, Vice-présidente de LFE

En rappelant que même à l’échelle d’un pays, les risques climatiques ne se distribuent pas uniformément, l’article pose la question d’une adaptation différenciée : comment cibler les politiques publiques en fonction de vulnérabilités historiquement construites tout en cultivant l’idée d’une expérience commune du changement climatique ?

 

 

 
1 « As águas não são neutras : Terreiros do Rio Grande do Sul em contexto de crise climática e o racismo ambiental »
2 Environnement et Changement climatique Canada, Racisme environnemental et justice environnementale, Gouvernement du Canada, s. d.,  https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/direction-generale-politique-strategique/justice-environnementale.html
3 Aménagement urbain regroupant de nombreux logements collectifs, souvent sous forme de tours et de barres, construits de manière massive dans les périphéries des grandes villes françaises entre 1950 et 1975
4 Bénédicte Gérard, « L’évolution de la mixité sociale, enjeu du renouvellement urbain des grands ensembles d’habitation de l’agglomération strasbourgeoise », Géographie, économie, société, 2011/1, vol. 13

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