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« Le grand malentendu climatique » de Géraud GUIBERT, Éditions de l’Aube

Publié le 5 avril 2023

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Article publié

« L’action écologique et climatique, c’est d’abord la modernité, une émancipation humaine, de nouvelles pratiques, de nouveaux liens sociaux. Elle doit être co-construite et non décidée par un groupe restreint ou en dehors de l’avis de la population. » (p. 189)

Genèse de l’ouvrage

En matière d’action climatique, la France est dans l’impasse. Les citoyens sont pris entre deux feux, tiraillés entre des discours pouvant paraître diamétralement opposés, mais ayant un résultat semblable : il n’y a pas lieu d’agir. Ainsi, les citoyens peuvent considérer à tort que face à la crise climatique et environnementale, « on a encore le temps », thèse soutenue par certaines élites n’ayant que peu d’égard pour les phénomènes en présence et adhérent à une forme de technosolutionnisme. À l’inverse, d’autres personnes usent abondamment d’une rhétorique catastrophiste, semblable aux théories de l’effondrement et à la collapsologie. Le dénouement serait ainsi inéluctable, telle une sentence : il est « déjà trop tard ». Mais dans ce cas, à quoi bon se démener et faire des efforts si les meubles ne peuvent être sauvés ?

In fine, ce double message laisse à penser qu’il n’y a pas (ou plus) d’urgence. Il conduit également à un délitement du débat public où les postures priment et nourrissent les clivages, nous éloignant toujours davantage d’un dialogue avec l’ensemble de la société. Face à cette situation délétère, « la jeunesse à juste titre se désespère. Cet ouvrage s’adresse à elle avec un message d’espoir. Rien n’est perdu mais le temps presse », explique Géraud Guibert.

Bien que les données chiffrées et les ordres de grandeur aient un intérêt certain pour la transition écologique, ils peuvent avoir tendance à rendre les phénomènes abstraits et éloignés du quotidien des citoyens. Géraud Guibert s’attache donc à travers les pages à analyser et déconstruire avec pédagogie les principaux malentendus autour de l’action climatique, tout en proposant plusieurs pistes de solutions. Le but est que tout un chacun puisse comprendre l’urgence et se mobiliser pour agir à son échelle.

 

Des malentendus protéiformes

Nos sociétés, de plus en plus empreintes d’immédiateté, éprouvent de grandes difficultés à appréhender des temporalités plus longues. La crise actuelle impose de mettre rapidement en œuvre des actions structurelles, mais les résultats bénéfiques de ces actions ne sont bien souvent perceptibles que sur le long terme. Il y a donc une certaine tendance à remettre l’action toujours à plus tard. Cette inertie concerne tous les acteurs : que ce soit en matière de politiques publiques, d’orientations stratégiques du secteur privé, ou encore de changements de comportement individuels. Elle est notamment entretenue par les élites politiques, économiques et médiatiques, dont la teneur des débats est en décalage avec les véritables enjeux de la transition écologique. Outre le retard qu’elle induit, cette inertie risque davantage de déboucher sur des protestations citoyennes aiguës, que sur des mobilisations pour co-construire et mettre en œuvre des solutions à l’échelle des territoires.

Une autre problématique du débat public est de se focaliser sur l’unique décarbonation de nos sociétés à travers l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Or, la transition écologique, pour être viable et pérenne, ne peut se limiter à cet unique enjeu, car la crise actuelle est systémique avec de multiples paramètres à considérer : les questions de biodiversité, de pénurie de ressources naturelles, etc. De plus, les mécanismes mis en avant pour atteindre cette neutralité carbone ont tendance à être très axés sur les nouvelles technologies, ce qui maintient le débat autour du clivage « technophiles contre technophobes ». Une stratégie de combinaison basée sur les besoins réels est reléguée au second plan et les solutions low-tech restent à la marge, car invisibilisées et sous-investies par les pouvoirs publics.

Avec l’essor des rapports de scientifiques qui alarment sur l’ampleur de la crise, l’inaction des gouvernants est de plus en plus criante alors même que les mouvements militants n’ont de cesse de les interpeler, en s’appuyant notamment sur des données ou des faits édifiants issus de travaux académiques. Dans nos sociétés où les fake news pullulent, se rapporter aux savoirs scientifiques évalués par les pairs est évidemment une bonne chose. Néanmoins, il est important de veiller à ne pas tomber dans une forme de technocratie où les scientifiques détermineraient, seuls, l’action climatique à mettre en œuvre. Leur rôle est de réaliser des diagnostics et d’analyser les différentes options afin d’offrir les clés d’une prise de décision démocratique éclairée.

Tous les individus n’ont pas la même responsabilité climatique, c’est un fait indiscutable à ne pas perdre de vue. Pour autant, faut-il faire de cette crise une forme renouvelée de lutte des classes ? Selon Géraud Guibert, emprunter ce chemin n’est pas des plus recommandés dans la mesure où la responsabilité concernant cette crise pourrait être perpétuellement reportée sur autrui, ce qui nous ancrerait dans une forme de climato-passivité. De plus, ce raisonnement sous-entend que l’action climatique est obligatoirement un fardeau, une contrainte, ce qui donne de l’eau au moulin des grands adversaires de « l’écologie punitive ». Il ne s’agit pas de faire preuve de naïveté, certaines actions climatiques seront nécessairement contraignantes. Mais ces mesures ne seront pas fatalement coercitives et antisociales, car elles pourront être différenciées selon les catégories sociales à travers la mise en place de compensations. Et il en résultera également de nombreux co-bénéfices (en matière de santé par exemple).

Il ne s’agit là que de quelques exemples des nombreux malentendus auxquels ce livre s’attaque.

 

Alors que faire ?

Au fil des pages, Géraud Guibert dissémine des pistes et des idées à creuser : réduire les temps de trajet contraints, utiliser le commerce international comme une arme pro-climat, adapter les taux des taxes sur la consommation en fonction des caractéristiques écologiques des produits, etc.

Mais sommes-nous en mesure de changer de cap, de le négocier et en définir démocratiquement les contours, de respecter nos engagements, nos trajectoires, de tous se sentir partie prenante, de tous agir à notre échelle, sans faux-semblant ? Si ce livre se veut plein d’espoir, le climat social actuel ne rappelle que trop bien à quel point les fractures sont profondes et elles aussi protéiformes. Reste à savoir si nous parviendrons au plus vite à prendre suffisamment de hauteur pour donner l’impulsion nécessaire. Dans tous les cas, il faut bien garder une chose en tête : plus nous attendrons, plus nos options se réduiront inexorablement…

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