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La planification familiale au secours de la durabilité environnementale ?
Publié le 10 septembre 2016
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Article de l’Oeil - N°12
Publié en juin dernier par le Worldwatch Institute, le rapport « Family Planning and Environmental Sustainability : Assessing the Science » est issu d’un programme de recherche réunissant des chercheurs du monde entier sous la direction de Robert Engelman1. Son objectif est de questionner la pertinence de la connexion entre l’usage de la planification familiale et la durabilité environnementale. Un sujet délicat et peu traité en tant que tel.
Le 8 août l’Humanité avait consommé l’intégralité des ressources qui lui étaient dévolues pour l’année 2016 2. Cette pression sur les ressources pose la question d’une possible surpopulation de notre planète au regard de ses limites. A partir d’une revue de la littérature scientifique parue sur le sujet depuis 2005, le rapport cherche à confirmer ou infirmer l’hypothèse découlant de ce constat : la planification familiale contribuerait-elle à un développement plus soutenable ? Est-ce une hypothèse recevable ?
#1 L’originalité de ce programme de recherche tient à sa démarche collaborative, faisant intervenir des chercheurs internationaux de domaines divers. L’étude met en évidence que cette connexion entre planification familiale et durabilité environnementale, si elle est peu explorée de façon directe dans la littérature scientifique, suscite un intérêt partagé par des chercheurs de discipline, de sexe et de nationalité diverses, de pays développés et en développement. Le rapport propose ainsi la création d’un champ d’étude à part entière au sein des sciences, pour réfléchir à cette connexion aujourd’hui délaissée de la recherche scientifique, constituant autant une réalité trop évidente qu’un sujet sensible.
#2 De cette analyse fouillée de près de 900 travaux scientifiques, il ressort qu’un lien de causalité entre démographie et dégradation environnementale est bel et bien établi. De ce fait l’usage de la planification familiale, principalement par une contraception effective, permettrait – outre une plus grande autonomisation des femmes et des retombées sociales – de réduire les pressions sur les ressources. Pour l’eau ou la conversion des sols et des forêts, par exemple, la demande est le principal facteur de dégradation. Les sociétés seraient ainsi plus résilientes aux risques environnementaux comme le changement climatique, la rareté de l’eau ou l’insécurité alimentaire. L’étude note que les chercheurs de sexe féminin et d’origine africaine voient dans cette connexion le plus de potentiel, ces derniers appelant à penser la planification familiale dans les politiques environnementales et de développement.
#3 Ce rapport, s’il ne propose pas à proprement parler une politique publique de planification familiale, entend faire le point sur la question, initier la réflexion et inciter les communautés scientifiques à la poursuivre. Avec une limite: la démographie, facteur de long terme, difficile à modifier et mettant en jeu des enjeux complexes de responsabilités et de droits, ne saurait être perçue comme la seule vraie question environnementale. L’inertie du système rend les effets d’une planification familiale lointains et sans doute insuffisants, alors que l’urgence écologique est avérée. En termes d’empreinte écologique, un enfant né dans un pays en développement a un impact sur l’environnement bien inférieur à celui d’un enfant né dans un pays développé3. C’est pourquoi le changement du modèle de développement et de consommation reste indispensable.
1 Robert Engelman est un chercheur américain spécialiste des questions démographiques et environnementales. Ancien président du Worldwatch Institute, organisation de recherche environnementale américaine, il dirige depuis 2007 le programme Family Planning and Environmental Sustainability Assessment (FPESA).
2 Selon le calcul du Global Footprint Network, nous aurions aujourd’hui besoin de l’équivalent de 1,6 planète pour subvenir à nos besoins annuels.
3 Le programme de recherche, portant sur le long terme, a vocation à intégrer ces données. Rappelons qu’un Américain émet 20 tonnes de C02 par an contre 2,4 pour un Africain, selon une étude de l’IDDRI.
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