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La guerre au Moyen-Orient, un révélateur de notre dépendance excessive aux énergies fossiles

Publié le 12 mars 2026

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Article publié - N°5

Dans ce nouvel Agenda Ecologique, la Fabrique Ecologique revient sur les chocs économiques récents provoqués par la guerre au Moyen Orient et montre en quoi celle-ci révèle notre dépendance envers les énergies fossiles. Face à cette dépendance, la transition énergétique apparait comme un levier stratégique, de souveraineté et de résilience. Toutefois, ce n’est pas une solution magique, il faut faire attention aux nouvelles dépendances que les énergies renouvelables créent. 
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La guerre ouverte au Moyen‑Orient illustre avec une clarté brutale à quel point l’économie mondiale demeure vulnérable aux tensions régionales autour des hydrocarbures. Le conflit militaire mené par Israël et les Etats Unis en Iran a entraîné un quasi‑blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial. Le trafic maritime y a chuté de 70 à 80 % selon les analystes, sous l’effet des attaques sur les navires et de la suspension des opérations par les grands armateurs internationaux.
Cette situation a provoqué une réaction immédiate des marchés : le Brent a bondi de plus de 15%, tandis que les prix du gaz européen augmentaient de 40 %, alimentant une nouvelle vague d’inflation énergétique susceptible de déstabiliser durablement les économies importatrices. Comme souvent, les tensions géopolitiques dans le Golfe se traduisent par des chocs de prix qui montrent la dépendance persistante des économies au pétrole.
En 2022, dans un précédent contexte de forte tension régionale, les importations énergétiques de la France, composées principalement de pétrole et de gaz, ont atteint 148 milliards d’euros. En 2024, elles se situent encore à plus de 60 milliards.
Les réponses immédiates centrées sur le contrôle et la limitation des hausses de prix des produits issus des hydrocarbures ne peuvent être des réponses durables.

La transition énergétique, une solution face à cette dépendance ?

Dans ce contexte, la transition énergétique, qu’il s’agisse de la sobriété et de l’efficacité énergétique, du déploiement des énergies renouvelables, des productions d’électricité bas carbone, de la mobilité électrique ou de l’électrification de l’industrie, apparaît plus que jamais comme un levier stratégique de souveraineté et de résilience. En réduisant la demande d’hydrocarbures importés, notamment ceux provenant de zones géopolitiquement instables, elle diminue mécaniquement l’exposition aux chocs exogènes et limite la transmission des crises régionales à l’économie mondiale.
Pour autant, la transition énergétique n’est pas une solution magique car elle déplace les dépendances, même si ces dernières ne sont pas de même nature. Là où les hydrocarbures concentrent une contrainte permanente, liée à des consommations annuelles, autour de quelques pays du Moyen‑Orient, l’introduction des technologies bas-carbone implique des investissements reposant sur des chaînes de valeur industrielles et minières qui présentent leurs propres vulnérabilités. On notera toutefois que, une fois un investissement initial réalisé dans ce domaine, la dépendance à des consommations annuelles disparaît pour de nombreuses années, ce qui met à l’abri de chocs soudains sur l’approvisionnement énergétique,

Dépendance aux hydrocarbures et métaux rares

Le solaire photovoltaïque, clé de voûte de la transition électrique, dépend très fortement de l’Asie, pour la production de panneaux qu’elle contrôle à plus de 80 % et, pour une part encore plus grande, la production des matériaux intermédiaires (polysilicium, wafers, cellules). La montée en puissance des véhicules électriques accentue également la dépendance à des batteries largement produites en Asie, avec un leadership chinois très marqué.
La transition énergétique repose sur une consommation massive de métaux stratégiques : cuivre, nickel, cobalt, lithium, terres rares.
Or plusieurs de ces matières premières sont concentrées dans un petit nombre de pays:
  • Cuivre : Chili, Pérou, RDC
  • Lithium : Australie, Chili, Argentine
  • Cobalt : RDC (70 % de la production mondiale)
  • Terres rares : Chine en position dominante.
Ces concentrations créent des risques de tension sur les marchés, de chocs géopolitiques ou de fragilités industrielles, comparables en partie à celles que le pétrole faisait peser. Les chaînes de valeur bas carbone, plus longues et plus complexes que celles des hydrocarbures, nécessitent un transport maritime globalisé, des usines de raffinage de métaux, des transformateurs industriels, souvent localisés hors d’Europe. Elles ne sont donc pas totalement immunes face aux perturbations géopolitiques, comme le montrent les récentes tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Malgré ces nouvelles dépendances, un monde post‑fossile sera globalement plus résilient que le système actuel. La différence de nature entre les deux systèmes peut également être illustrée par les constats suivants concernant les contraintes générées par la transition énergétique :

Un système énergétique plus distribué que centralisé

Les énergies renouvelables sont par nature distribuées sur les territoires : chaque région peut produire son électricité solaire, éolienne, hydraulique ou géothermique. Contrairement au pétrole, dont la production est concentrée géographiquement et qui est transporté par quelques goulets d’étranglement comme Ormuz vers un nombre très limité de « portes d’entrée » sur les territoires des pays consommateurs, la production des renouvelables ne peut pâtir de l’interruption d’une chaîne d’approvisionnement aussi centralisée.

Des dépendances plus modulables et plus substituables

  • Les métaux critiques peuvent être recyclés, ce qui n’est pas le cas du pétrole.
  • Certains matériaux sont substituables dans les technologies (par exemple dans les batteries).
  • La diversification des approvisionnements est plus aisée, car les ressources minières sont bien plus dispersées que les hydrocarbures.

Une moindre exposition aux chocs géopolitiques instantanés

Le choc actuel montre que la dépendance aux combustibles fossiles expose l’économie mondiale à des ruptures brutales, immédiates et massives. Dans un système post‑fossile, les tensions liées aux matériaux critiques, bien que réelles, relèvent de dynamiques de marché plus lentes et plus prévisibles, davantage industrielles que géopolitiques.
Un système énergétique fondé sur les renouvelables, la sobriété et l’efficacité, le stockage et les réseaux intelligents devient progressivement multipolaire, décentralisé et moins captif. Même s’il implique la gestion de nouvelles dépendances, il réduit la capacité de quelques acteurs à déstabiliser le monde, comme c’est le cas aujourd’hui lorsque l’attaque menée par Trump menace d’infliger un choc énergétique global.

Conclusion

La guerre actuelle confirme l’intuition qui guide la transition énergétique : sortir des fossiles est d’abord un impératif de sécurité et de résilience, autant qu’un impératif climatique. Si la transition crée de nouvelles dépendances, celles‑ci sont plus diversifiées, moins concentrées et davantage maîtrisables que celles qui ont structuré un siècle de géopolitique du pétrole. Dans un monde instable, la transition énergétique n’est pas seulement une réponse écologique : elle est une stratégie globale d’autonomie, de souveraineté et de résilience pour les décennies à venir.

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