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Définir les limites planétaires pour guider le développement humain

Publié le 10 mai 2016

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Article de l’Oeil - N°10

Publié en février 2015 dans le magazine Science, l’article « Planetary boundaries : Guiding human development on a changing planet »1, résulte d’une étude menée par une équipe de recherche internationale pilotée par Will Steffen et Johan Rockström, du Stockholm Resilience Centre. Il s’agit, à partir des contributions scientifiques des cinq dernières années, de définir les « limites planétaires » et surtout les quantifier, pour guider le développement humain futur. Si l’article avait déjà été commenté à sa publication, sa portée mérite d’y revenir, notamment dans le contexte du récent Accord de Paris sur le climat.
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La délimitation d’un espace de développement sûr pour les sociétés humaines2, suppose la fixation de limites planétaires. Celles-ci doivent être définies à partir de l’analyse des processus biophysiques qui régulent le système terrestre, et les conséquences des impacts humains sur ces derniers. Si le constat de l’existence de limites à notre planète n’est pas nouveau, l’approche de cette étude a le mérite de les définir et de proposer des outils pour les quantifier (1), plus seulement au niveau global mais aussi régional (2), et de proposer la mise en place de mécanismes d’alerte afin de guider le développement humain vers la non transgression de ces limites (3).
#1 L’apport principal de cette étude est de quantifier les limites planétaires en proposant des mesures chiffrées, dans le but de définir quel volume limite à émettre ou à prélever à l’environnement il ne faut pas dépasser afin de rester dans un environnement favorable à l’homme3. Une limite systémique, susceptible de déstabiliser le système dans son ensemble et ayant déjà dépassé son seuil, est par exemple définie : l’érosion de la biodiversité, l’indicateur retenu étant le taux d’extinction d’espèces ne remplissant plus leur fonction dans leurs écosystèmes4. L’objectif est ainsi de réguler les pressions anthropiques sur les processus terrestres.
 
#2 Une telle étude suppose toutefois la prise en compte des hétérogénéités régionales, des transgressions de limites au niveau des sous-systèmes ayant des impacts possibles sur le système terrestre dans son ensemble. La diminution des puits de carbone naturels au niveau des bassins océaniques est par exemple susceptible de déstabiliser un système climatique déjà fragile. Si la quantification au niveau régional demeure un véritable défi, posant des problèmes méthodologiques, elle seule permet de prendre en compte les enjeux de l’adaptation, et la gestion des limites planétaires à un niveau où l’action politique s’opère plus facilement.
 
#3 Quantifier les limites planétaires relève donc du besoin politique, permettant de donner du temps aux sociétés pour réagir aux signes d’alerte et modifier leur trajectoire, ou se préparer à un choc en tenant compte de l’inertie du système. L’un des enjeux pour la communauté scientifique, afin de maintenir la soutenabilité de nos sociétés, est désormais d’établir des systèmes d’alerte à partir de ces données chiffrées. L’étude ne se prononce pas sur les choix de développement à opérer et les acteurs à mobiliser pour suivre ces systèmes et déclencher l’alerte en cas de transgression [5]. Mais elle invite à surveiller les limites déjà quantifiées, notamment celles encore non franchies, comme l’utilisation des terres face au problème croissant posé par la déforestation, et surtout à en quantifier de nouvelles pour guider le développement humain futur.

 

1 J. Rockström, W. Steffen, et al., « Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet », Science, vol. 347, Feb 2015.
2 J. Rocktröm, W. Steffen et al., « A safe operating space for humanity », Nature, 461, Sep 2009. Il s’agit du premier rapport de cette équipe de recherche, qui avait conceptualisé la notion de limites planétaires.
3 10 limites planétaires sont recensées : changement climatique, érosion de la biodiversité, utilisation de l’eau douce, diminution de l’ozone, acidification des océans, utilisation des terres, cycle de l’azote, cycle du phosphore, chargement d’aérosols dans l’atmosphère, diffusion d’entités nouvelles dans l’environnement ; 7 ont déjà été quantifiées.
4 Ce taux devrait être de 10 E/MSY (avec une zone d’incertitude comprise entre 100 et 100 E/MSY) ; or les données actuelles montrent un taux bien supérieur de 100-1000 E/MSY. Trois autres limites ont également dépassé leur seuil : le changement climatique, la perturbation du cycle de l’azote et du phosphore.
5 Il pourrait néanmoins s’agir, sur le modèle du GIEC pour le climat et de ce qui a été mis en place pour la biodiversité, de communautés scientifiques spécialisées dans l’étude et la surveillance de l’un des processus terrestres.

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