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Termes-catastrophes, noms sous pression, et néologie revitalisante: la transition écologique par le langage ?

Publié le 28 mars 2024

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Notes ouvertes au débat collaboratif - N°46

Le décryptage de Pauline Bureau revient sur les enjeux autour de l’utilisation du langage pour dessiner de nouveaux imaginaires et mener à bien la transition écologique. Si l’existence des mots permet de nommer la réalité et donc de se la représenter, le choix de ceux-ci et leur utilisation façonne notre appréhension du monde réel. Elle étudie ainsi comment le langage peut être à la fois un puissant outil pour perpétuer le modèle actuel ou pour en établir un nouveau.
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Introduction

En 1990, dans son ouvrage New Ways of Meaning, le linguiste M.A.K Halliday plaide pour une analyse critique de la grammaire de l’anglais, qu’il décrit comme entretenant la prépondérance d’un paradigme construit autour de la croissance : « beaucoup est mieux que peu, plus est mieux que moins, large est mieux que petit, croître est mieux que décroitre (…). » (notre trad.[1]) (1990 : 81). Si l’idée d’une « grammaire de la croissance » ne fait pas l’unanimité parmi les linguistes, cet exemple invite à interroger le rôle de la langue dans la perpétuation de certains paradigmes de pensée qui iraient à l’encontre des objectifs de transition écologique.
Outil de catégorisation et de diffusion des connaissances, de conscientisation, de persuasion, voire, dans sa fonction performative, forme d’action concrète, le langage a des conséquences sur la façon dont nous nous représentons les changements écologiques et sur notre capacité à y répondre. Bowman et al. (2009) déplorent par exemple une certaine hétérogénéité discursive lorsqu’il s’agit de rendre compte des émissions de gaz à effet de serre, certain axant leur discours sur le seul CO2 alors que d’autres évoquent l’ensemble de ces gaz. Ils soulignent les risques de cette variation dans la diffusion des connaissances entre les experts et les décideurs politiques et, par extension, dans la prise de décision.
De même, plusieurs auteurs ont mis en avant des différences entre réchauffement climatique et changement climatique, le premier ayant une plus grande propension à nourrir un certain climato-scepticisme parmi des communautés qui remettent alors en question l’idée d’un « réchauffement » global des températures (Benjamin et al. 2016, Leiserowitz et al., 2014). 
Soulignons enfin l’impact que peut avoir le fait de confondre les termes météo et climat, qui peut nourrir une argumentation climato-sceptique à partir d’observations de températures ponctuellement plus froide (la météo impliquant une perspective locale et journalière plutôt qu’une moyenne des données météorologiques recueillies sur une période pouvant couvrir plusieurs mois voire des années).
Il s’agit donc dans cet article d’interroger l’utilisation de la langue et les implications de telle ou telle stratégie langagière vis-à-vis de la capacité à appréhender les enjeux écologiques. L’enjeu est de promouvoir une certaine littératie vis-à-vis des mots de l’écologie, afin que ceux-ci soient utilisés avec une pleine conscience de leurs connotations et implications potentielles. Il s’agit de faciliter une utilisation du langage qui soit véritablement au service des objectifs de transition écologiques, ce qui passe par une description et un enrichissement du socle d‘outils linguistiques à disposition pour pouvoir les appréhender.

I - Trouver les mots justes pour décrire et saisir l’ampleur de l’urgence : changement climatique, urgence climatique, crise climatique, chaos climatique

A. Quand le lexique doit s’adapter aux changements écologiques

Dans son sixième rapport, le GIEC met en avant plusieurs manifestations possibles du changement climatique à l’échelle mondiale et dans les décennies à venir, caractérisées par un niveau de certitude élevé. La température globale ainsi que le niveau des océans vont continuer d’augmenter et de s’élever respectivement, l’acidification et la désoxygénation des océans se poursuivre, de même que la fonte des glaciers et de la banquise Arctique (IPCC 2021), phénomènes qui peuvent avoir des conséquences dévastatrices pour l’ensemble des écosystèmes, dont l’être humain fait partie intégrante. En outre, la multiplication des évènements météorologiques extrêmes, les risques de propagations de maladie zoonotiques, ou encore l’élévation du niveau des mers, constituent des menaces existentielles, dont la conjonction et l’échelle seraient sans précédent pour l’humanité. Ce caractère inédit, conjugué à la nécessité de faire face à la menace en question, se traduit par l’introduction de nouvelles unités dans le lexique, qui s’adapte ainsi au changement climatique : celles-ci peuvent servir à décrire cette problématique (« crise climatique », « points de bascule », « anthropocène »), à désigner des façons d’y répondre (« obligations vertes », « net-zéro », « décarbonation », « capture et stockage du carbone »), ou encore à rendre compte des débats qu’elle peut susciter (« réchauffiste », « climato-sceptique », « climato-négationniste », « techno-solutionniste » etc.).
Cette adaptation du langage s’illustre également par le recours à de nombreux superlatifs, à des séries d’adjectifs et à des expressions connotées, qui visent à décrire le caractère extrême des conséquences du changement climatique. C’est ainsi que l’on a parlé de « nuits tropicales »[2] dans Le Parisien et d « ’océan en ébullition »[3] dans La Dépêche pour décrire respectivement les épisodes de chaleur à Nice durant l’été 2022 et l’augmentation de la température des océans, tandis que le composé admis de « vague de chaleur »[4] s’est vue augmenter de l’adjectif « étouffante » dans un article des Échos revenant sur les températures qui ont marquées la semaine du 15 août 2023. 
De même, le journal britannique The Guardian a annoncé qu’à la place du nom climate change (traduction : changement climatique), ses journalistes utiliseraient désormais les composés climate crisis (trad. : crise climatique) ou climate emergency (trad. : urgence climatique), changements que l’équipe éditoriale décrit comme un moyen d’être plus fidèle à la réalité. Témoignant d’une inflation du lexique par la néologie, l’expansion des noms et les superlatifs, ces différents exemples invitent à considérer le langage comme étant contraint à s’adapter aux changements écologiques pour suivre leur évolution et permettre de saisir leur ampleur et les risques qu’ils impliquent.
On peut néanmoins s’interroger sur l’efficacité de cette adaptation du lexique aux changements écologiques : ces stratégies linguistiques sont-elles au service d’une description fidèle de la situation climatique ? Peuvent-elles faciliter la mobilisation citoyenne ? Ont-elles un rôle purement persuasif ?
 

B. Des « termes-catastrophes » de plus en plus fidèles à la réalité climatique ?

Pour tenter de répondre, il convient de considérer le sens lexical des termes en question, tel qu’on peut le lire dans un dictionnaire ou dans une base de données terminologiques, et leur référent (autrement dit, l’entité ou le phénomène qu’ils désignent dans le réel), afin d’en évaluer la correspondance avec l’état actuel de la connaissance sur le changement climatique.
C’est l’approche qu’a adoptée le climatologue Risbey (2008) en cherchant à déterminer si l’usage des concepts de catastrophe, de chaos ou encore d’urgence était approprié pour décrire la situation climatique. S’appuyant sur la littérature scientifique en sciences de la terre et de l’atmosphère, le chercheur conclut par l’affirmative. Selon ce dernier, la fonte de la couche glaciaire du Groenland et de l’Ouest Antarctique et la montée des eaux subséquente constituent des risques suffisamment importants et probables pour qu’il soit pertinent de parler de « catastrophe », cette montée des eaux pouvant entraîner l’inondation des terres de nations entières et dévaster les habitations côtières. Quant au concept de « chaos », qui évoque des images de désordre, de confusion et de destruction (Larousse s.d.), son usage peut être justifié si l’on considère les conséquences potentielles d’évènements climatiques extrêmes telles qu’une onde de tempête soudaine, qui a une propension élevée à pouvoir entraîner une forte confusion et d’importantes destructions parmi les populations, les habitations et les infrastructures côtières. Enfin, prenant l’exemple de la fonte des glaces au Groenland et des impacts associés, Risbey explique qu’il convient de parler d’« urgence » à réduire les émissions de CO2 et à maintenir les températures en dessous du seuil des 2°C d’augmentation dans la mesure où le laps de temps entre le présent et le moment où la survenue de ces impacts serait inévitable est quasiment équivalente au laps de temps nécessaire pour pouvoir les éviter. Ainsi a-t-on pu constater l’apparition des unités « urgent » et « urgence » dans le dernier rapport du GIEC (alors qu’elles étaient absentes des précédents), qui viennent rendre compte de ce laps de temps qui se contracte à mesure que l’activité humaine continue de rejeter du CO2 dans l’atmosphère.
La portée de ces stratégies langagières est bien sûr également fonction de leur environnement linguistique, qui peut restreindre ou élargir leur sens. En l’occurrence, les noms « urgence », « catastrophe » ou encore « crise » peuvent apparaître dans des expressions où ils sont précédés de l’adjectif « climatique » qui, s’il permet de matérialiser en discours la cause de ces situations négatives, peut également constituer une forme de simplification en concentrant le message sur un aspect particulier d’une question qui est en fait systémique. C’est notamment ce que souligne Stevens et Servigne en prenant l’exemple du composé crise climatique (2015 : 177-178). Selon eux, ce mot-valise occulte l’imbrication de plusieurs crises de différentes natures (financière, économique, sociale, écologique et spirituelle), qui chacune appelle des mesures spécifiques et qui ne sauraient ainsi être appréhendées par le seul objectif de réduction des émissions. De plus, certains de ces termes se révèlent être relativement polysémiques, ce qui peut générer une certaine ambiguïté en discours et rendre leur interprétation largement subjective. Par exemple, en plus de désigner un état de confusion générale, le concept de « chaos » possède une acception biblique selon laquelle il désigne l’apocalypse. Dès lors, selon les croyances et sensibilités idéologiques des destinataires du discours, celui-ci pourra impliquer différents niveaux de catastrophe et être perçus comme plus ou moins en phase avec la littérature scientifique.
Quant au nom « urgence », il évoque également l’état d’urgence, mesure politique à part entière qui implique une restriction des libertés des citoyens du territoire où l’état en question a été déclaré (Larousse s.d.). Cette acception tend à conférer à ce nom des connotations négatives qui sont au fondement d’une argumentation populiste visant à discréditer la nécessité de prendre des mesures en faveur du climat, sous prétexte que celles-ci iraient à l’encontre des libertés fondamentales[5]. Ainsi, au-delà de la capacité du langage à saisir la réalité climatique, c’est également sa propension à être au service de mesures permettant de répondre à cette situation qui est en jeu.
 

C. Distinguer entre discours « alarmants » et « alarmistes »

En fait, on peut distinguer deux types de contextes d’emploi de ces termes, auxquels sont associés différents niveaux d’efficacité, entendue ici comme la capacité de ces stratégies langagières à inciter à l’action climatique. Risbey (2008 : 34-35), de même que Ereaut et Segnit (2007 : 13) distinguent ainsi des discours dits « alarmants » et « alarmistes ».
Dans les discours alarmants, l’usage de noms tels que « catastrophes », « chaos », ou « crise » s’accompagne de références à des données scientifiques et à de possibles façons de répondre à la menace ainsi décrite. Ces deux éléments sont en revanche absents des discours alarmistes, qui se caractérisent dès lors par une rhétorique fataliste et qui pourrait être considérée comme étant hyperbolique par le destinataire du message, dans la mesure où aucune donnée scientifique n’est fournie pour justifier le fait de parler de « catastrophe climatique » ou d’« urgence ». Selon les auteurs, seuls les premiers de ces deux types de discours auraient véritablement une propension à permettre l’action.
Cette conclusion est par ailleurs en phase avec les données issues de la psychologie, qui ont montré que le sentiment de ne pas pouvoir agir face au changement climatique pouvait favoriser une attitude de déni face à ce phénomène (American Psychological Association (APA) 2009 : 24). Ainsi, selon les contextes dans lesquels ils sont employés, ces « termes catastrophes » peuvent soit exacerber certains mécanismes psychologiques[6] empêchant de passer à l’action pour répondre aux enjeux écologiques, soit être la pierre angulaire de stratégies discursives au service de l’action climatique, cette deuxième fonction étant en partie conditionnée par le fait de proposer des réponses face à la catastrophe indexée par ces dénominations. Afin que la double nécessité de décrire la situation climatique et celle d’agir ne se transforme pas en une tension où ces deux impératifs seraient irréconciliables, il est primordial d’avoir conscience des implications de ces termes selon les contextes et de s’appuyer sur cette littératie pour optimiser leur usage.

II - Interroger l’usage et le sens des termes au fondement des sociétés capitalistes : croissance, croissance verte, décroissance, post-croissance

Les enjeux écologiques sont sources de débats aux niveaux politiques, scientifiques, et de l’opinion publique, qui dépassent la simple question du choix du bon terme pour décrire le changement climatique ou la perte de biodiversité : ils interrogent les modes de production et de consommation, les institutions et les systèmes politiques, et plus largement le paradigme socio-économique dans lequel s’inscrivent les sociétés occidentales, largement considéré comme étant la cause des grands bouleversements écologiques contemporains. Par extension, ces débats invitent à une analyse critique de certains termes qui ont été au fondement de ce paradigme, termes qui tendraient à véhiculer des représentations favorisant un rapport anthropocentrique et destructeur vis-à-vis du vivant. Parce que les représentations en question constituent des « grilles de lecture » et des « guides d’action » (Pacteau & Lammel 2015 : 8), elles peuvent avoir des conséquences sur l’objectif d’action climatique, et il est dès lors important de documenter la façon dont le langage, et notamment les termes, tendent à participer à leur promotion ou à leur déconstruction.
 

A. Croissance, un concept en transition

Un des termes ayant fait l’objet des critiques les plus vives ces dernières décennies est celui de croissance, considéré ici dans son acception économique de « processus complexe d’évolution en longue durée, qui se manifeste par un accroissement des dimensions caractéristiques de l’économie et par une transformation des structures de la société » (Termium + 2011). C’est en fait avant tout son statut de premier indicateur pour juger de la santé d’une économie, voire d’un pays, qui est critiqué, ce statut allant à l’encontre de la théorie des limites à la croissance (« Limits to Growth ») formulée par le Club de Rome (Meadows et al. 1972). Dans les débats, la remise en question de l’usage de ce terme peut se manifester par l’introduction d’expressions concurrentes, telles que « croissance verte » (qui s’oppose alors à « croissance brune »), « croissance propre », « croissance économique durable », « décroissance », ou encore « post-croissance ». En intégrant des adjectifs, elles ajoutent de nouveaux éléments de sens, afin de rendre le processus d’évolution économique plus en phase avec les objectifs de transition écologique.
En même temps, parce que ces expressions intègrent le mot « croissance » dans leur dénomination, elles entretiennent la prégnance de ce concept et témoignent de la difficulté à s’en passer. Au-delà des difficultés macroéconomiques à imaginer une économie qui ne reposerait pas sur la quête perpétuelle de croissance, la prépondérance de ce concept dans nos sociétés contemporaines est exacerbée par son usage répété dans des discours le présentant comme un indicateur positif.
Ces connotations reflètent en fait un cadrage dominant du concept de croissance, un choix de point de vue impliquant de « sélectionner des aspects spécifiques du sujet traité pour les rendre saillants » (Pacteau & Lammel 2015 : 10). Cet usage implique, par contraste, d’en masquer d’autres aspects, en l’occurrence les implications négatives de la croissance, telles que la diminution des ressources naturelles ou la surconsommation.
La définition de ce terme proposée sur le site du Ministère de l’Economie et des Finances illustre ce procédé de sélection : la croissance y est décrite comme étant « indispensable pour faire face à un bon nombre de problèmes économiques et sociaux » et les externalités négatives qu’elle implique ne sont pas mentionnées, tandis que l’absence de croissance est associée à des connotations exclusivement négatives (« les marchés financiers dépriment », « le pouvoir d’achat stagne », « Et pire que tout, c’est quand la croissance est dite négative! »). Mobilisé de manière répétée, ce cadrage participe à la promotion de représentations sociales[7] positives autour de la croissance, alors que recourir à un cadrage inverse ou à une définition plus neutre pourrait faire évoluer ces représentations vers une vision plus nuancée, et potentiellement vers une remise en question de son statut de premier indicateur économique.
 

B. Interroger l’acceptabilité de deux concepts alternatifs : décroissance et post-croissance 

En outre, les termes décroissance et post-croissance symbolisent un cadrage inverse à celui de croissance en matérialisant respectivement une négation et un dépassement de ce concept par l’intégration des préfixes dé- et post- au niveau de leur dénomination. Néanmoins, le concept résultant n’est pas sans ambiguïté. En effet, le morphème dé- peut à la fois signifier la cessation d’un état (par exemple, où la croissance serait considérée comme le premier indicateur économique) ou l’inversement d’un processus ou d’une action, en l’occurrence celle de croître. À ce sens littéral s’ajoute un sens social, qui s’est développé à travers la promotion de la décroissance comme projet politique et sociétal impliquant de sortir de l’idéologie productiviste associée à la quête de croissance (Latouche 2019) : au-delà d’être un indice économique, la décroissance est ainsi devenue un mouvement social et idéologique et, selon les cadrages opérés en discours, une théorie[8].
Par ailleurs, de ces quatre conceptions possibles de ce terme (stagnation, récession, mouvement social et idéologique et théorie), seule la dernière pourrait véritablement laisser une certaine place à l’émergence d’un consensus autour de la décroissance, les deux premières acceptions risquant de susciter un rejet de la part de l’opinion publique en raison de leurs connotations négatives, tandis que la troisième participe de créer des groupes internes (« in-group » (Van Dijk 2006) et externes (« out-groups ») au mouvement social en question. La reconnaissance de la décroissance comme constituant une théorie économique – ou provisoirement, comme une hypothèse scientifique – pourrait notamment accroître sa légitimation au sein de la communauté scientifique et stimuler la production de travaux visant à la réfuter d’une part (et dès lors à la renforcer si celle-ci résiste à la réfutation), et à identifier différentes stratégies pour rendre possible sa mise en œuvre concrète d’autre part. Seule cette conception peut permettre aux objecteurs de la décroissance de véritablement asseoir une argumentation la réfutant, puisque, par définition, seule une théorie ou une hypothèse (par opposition à une idéologie), peut être réfutée.
Quant au terme post-croissance, il se distingue de décroissance dans la mesure où le préfixe post- n’implique pas de processus inverse à la croissance mais un dépassement de cette dernière. Il a en ce sens une certaine propension à échapper à l’assimilation aux concepts de récession ou de stagnation et pourrait dès lors recevoir un accueil plus positif au niveau de l’opinion publique. Néanmoins, il n’échappe pas à une certaine ambiguïté sémantique dans la mesure où sa forme ne fournit aucune information sur l’actualisation de ce processus de dépassement de la croissance, ni sur ce qu’il convient précisément de dépasser : s’agit-il d’aller au-delà de la croissance en tant qu’indicateur économique ou en tant que paradigme idéologique ? Ce dépassement nécessite-t-il de passer par une phase de stagnation ? Se traduit-il par des transformations radicales au niveau institutionnel et des modes de vie ou bien implique-t-il « simplement » un changement dans la comptabilisation de différentes données économiques aux niveaux d’un pays et de ses entreprises ? Si plusieurs travaux majeurs[9] ont participé à la conceptualisation de ce que serait une économie « post-croissance », l’ambiguïté du terme et son caractère néologique peuvent constituer des obstacles à sa mobilisation dans les discours politiques et médiatiques.
En somme, l’intérêt de ces nouveaux termes – et notamment ici, de décroissance et post-croissance, réside avant tout dans leur propension à matérialiser dans la langue un mouvement social et de pensée visant à interroger le statut de la croissance dans nos sociétés. En outre, les préfixes qu’ils contiennent jouent un rôle didactique en indexant ce mouvement de manière tout à fait synthétique, puisqu’il se trouve désigné par un mot unique. S’ils peuvent faciliter la mise à l’agenda publique et politique d’un débat autour du statut de l’indicateur de croissance, ils restent néanmoins limités dans leur capacité à évoquer ce que serait une société sans croissance. Ils constituent dès lors avant tout une étape dans un processus de « décolonisation de l’imaginaire de la croissance » (Latouche 2009), de transition vers une destination qu’ils ne permettent néanmoins pas de visualiser, invitant ainsi à penser la façon dont il convient de compléter ce récit inachevé.

III - Considérer et matérialiser la possibilité d’un langage post-anthropocène : terminologie « vertueuse », néologie revitalisante et langage-action

Terrain de déconstruction des concepts au fondement de nos sociétés, la langue est également une matière avec laquelle créer et expérimenter pour en faire émerger de nouveaux, qui seraient plus en phase avec les objectifs de transition écologique.  Plusieurs exemples de néologismes illustrant cette stratégie : nous en présentons ci-dessous en interrogeant à chaque fois leur propension à effectivement constituer des formes de réponses linguistiques et conceptuelles à la crise écologique.
 

A. Néologismes dénotant des valeurs pour guider l’action

L’analyse des discours autour du changement climatique permet tout d’abord d’observer un certain nombre d’unités nouvelles introduites pour désigner des versions plus « vertueuses » de pratiques, d’outils et de systèmes pré-existants (Bureau 2023 : 304-306). C’est le cas de croissance verte, mentionnée précédemment, mais également de finance verte ou durable, d’investissement durable, d’obligation verte, d’hydrogène vert, d’infrastructure verte, etc. Ces unités reposent sur l’ajout, à une base lexicalisée et admise, d’un adjectif dénotant une valeur (« vert », « durable »), notion entendue ici comme « ce qui est posé comme vrai, beau, bien, d’un point de vue personnel ou selon les critères d’une société et qui est donné comme un idéal à atteindre, comme quelque chose à défendre » (Larousse s.d.).
Dans les composés formés à partir de l’adjectif « vert », la valeur en question est explicitement la protection de l’environnement. Elle intègre une composante sociale dans ceux modifiés par l’adjectif « durable », qui peut impliquer de ne pas compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs besoins et aspirations. En matérialisant dans la langue la possibilité de systèmes et pratiques alternatives, ces néologismes participent d’élargir le panel « d’options » disponibles dans les représentations mentales des locuteurs lorsqu’il s’agit de faire des choix politiques ou de consommation, tout en les incitant, du fait de la dimension évaluative introduite par l’adjectif, à choisir l’option en question.
Néanmoins, tous les adjectifs mobilisés pour désigner les valeurs en question n’ont pas la même propension à recueillir l’adhésion des locuteurs, certains ayant des connotations qui pourraient avoir l’effet inverse. C’est notamment le cas de « vert » qui, s’il a l’avantage d’être facilement assimilable à la valeur de protection de l’environnement, peut également évoquer le parti politique écologiste et ainsi être perçu comme ayant une dimension idéologique par les locuteurs, idéologie à laquelle ils peuvent ne pas adhérer. En ce sens, des adjectifs tels que « durable » ou « propre », qui n’ont pas de telles connotations, pourraient constituer des alternatives plus consensuelles face à des locuteurs relevant de ce cas de figure.
On peut par ailleurs s’interroger sur la propension de ces composés à permettre de penser une véritable transition écologique : ayant pour base un nom dénotant un secteur ou un outil « ancien » (Humbley 2006) dont le sens reste inchangé, ils suggèrent un changement tout à fait relatif des modes de consommation et de production. Le changement en question relèverait en effet avant tout de la sphère des valeurs, qui doivent guider les pratiques et secteurs désignés (finance, investissements, croissance, etc.), sans que la place de ces derniers dans l’organisation sociétale ne soit interrogée. De même, en l’absence de régulation de leur usage, ces néologismes peuvent également être au service de stratégies d’« éco-blanchiment » et ainsi inciter à la consommation des produits ou services qu’ils désignent. Néanmoins, tout comme décroissance, ils ont une dimension didactique en matérialisant dans la langue ce qui était jusqu’alors un impensé du paradigme économique occidental, à savoir l’idée d’un nécessaire lien entre les pratiques de production et de consommation et le vivant. Étendu à d’autres noms préexistants (on pourrait en outre voir introduire des composés tels que « réfrigérateur durable », « université verte », « boucherie éthique », etc.) et régulé par des labels ou des définitions strictes, l’usage du schéma de composition <nom + [valeur]> peut en outre permettre de créer un lien entre les enjeux environnementaux et le quotidien des citoyens, ici matérialisé par l’entité concrète vis-à-vis de laquelle ils peuvent être amenés à interagir dans la vie de tous les jours.
 

B. Néologismes invitant à tisser de nouveaux liens avec le vivant

La néologie peut néanmoins avoir une dimension plus radicale et se manifester non seulement par l’introduction de formes nouvelles mais également par une utilisation inédite de termes admis, la néologie formelle (introduction d’une nouvelle dénomination) et la néologie sémantique (changement du sens d’une dénomination pré-existante) œuvrant alors de concert pour faire émerger de nouvelles façons d’être au monde.
Dans son ouvrage Toutes les intelligences du monde (titre original : Ways of Being) (2023), James Bridle invite par exemple à une reconceptualisation du concept d’intelligence afin de lui faire perdre sa dimension anthropocentrée : plutôt que de considérer l’intelligence comme une capacité cognitive inhérente aux êtres humains, il la définit, exemples à l’appui, comme une forme d’interaction avec le réel entreprise au quotidien par une multiplicité d’entités, humaines et non-humaines. Par ce néologisme sémantique, Bridle interroge ainsi la hiérarchie motivée par une conception naturaliste et dualiste de la réalité, conception selon laquelle l’humain serait doté d’une intelligence supérieure qui le distinguerait du reste du vivant. À travers cette démarche, il s’inscrit en fait dans un mouvement relevant de l’écologie profonde (Næss 1973), qui défend l’idée d’une nécessaire instauration de changements radicaux et d’un nouveau paradigme qui redéfinit le rapport des sociétés au vivant.
Ce mouvement se traduit en outre par d’autres initiatives reposant sur la néologie, à l’image du travail du philosophe de l’environnement Glenn Albrecht : dans son ouvrage Les émotions de la terre (2019), ce dernier introduit ainsi tout un paradigme sociétal à partir de néologismes, qui en sont alors les pierres angulaires. Parmi ceux-ci, citons notamment la sumbiocratie, qui désigne une forme de gouvernement régie par le principe de protection des relations symbiotiques entre les différents êtres vivants, le symbiocène, qui correspond à une ère de l’histoire succédant à l’Anthropocène et qui serait caractérisée par 1/ une reconnaissance de l’interdépendance vitale entre les différentes composantes des systèmes humains et naturels, 2/ « la protection des liens symbiotiques entre et à l’intérieur même des espèces, à tout échelon » et 3/ « le rétablissement des liens symbiotiques qui ont été rompus lors de l’anthropocène » (ibid. : 181-183). En parallèle, le philosophe introduit tout un lexique de termes désignant différentes émotions pouvant être ressenties face aux changements écologiques, parmi lesquels le désormais répandu solastalgie, qui réfère à une forme de détresse ou anxiété́ liée au fait de réaliser que le lieu où l’on réside ou que l’on chérit est altéré́ par ces changements (ibid. : 76).
S’il est tentant de qualifier ces différents néologismes d’idéalistes ou d’utopistes, leur introduction s’appuie sur des exemples tirés de la littérature scientifique et démontre l’existence d’une relative interdépendance – ou symbiose – entre les êtres vivants. Albrecht (ibid. : 170-174) donne ainsi l’exemple des relations de coopération entre plantes et champignons d’une part, les premières fournissant à ces derniers les sucres dont ils ont besoin, qui leur transmettent alors les minéraux du sol, et entre humains, champignons et bactéries d’autre part, ces deux derniers organismes soutenant notre système immunitaire au niveau des mycobiome et microbiome intestinaux respectivement. Ainsi, le symbiocène se traduirait entre autres par des mesures et initiatives destinées à protéger et à restaurer ces différentes formes de relations vitales entre divers organismes, dont l’humain fait partie.
Plusieurs disciplines et secteurs émergents tels que le biodesign, la bio-architecture ou l’« écologie matérielle » (traduit de l’anglais « material ecology ») (Oxman et al. 2015) tendent de leur côté à faire un usage inédit de la langue, s’appuyant largement sur le vivant pour leurs productions. Dans les discours entourant ces pratiques, on peut rencontrer des expressions telles que « structures kinétiques bio-inspirées », « design naturo-centré » (par opposition à un design qui serait « anthropo-centré ») ou encore « décomposition programmée », tandis que la nature y est présentée comme une « co-cliente », les structures, objets et constructions humaines comme des entités qui « poussent », « se décomposent » et « vivent » (Oxman s.d., Myers & Antonelli 2018), à l’image des différents organismes qui sont mobilisés pour leur production.
À travers ces expressions, les acteurs de ces nouvelles approches tendent à matérialiser dans la langue l’idée d’une collaboration avec le vivant dans la production de différents biens, production qui serait non seulement au service des besoins humains mais également des systèmes naturels, et notamment de leur protection et de leur régénération. Réciproquement, la langue devient alors un terrain de déconstruction de la distinction ontologique entre systèmes humains et systèmes naturels et d’autonomisation de la nature, qui se trouve alors en position d’agent (« co-cliente », « nature-grown [structures] »[10], etc.). 
 

C. « Pensée magique » ou réels outils de transition ?

Face à ces différents exemples de néologismes, il convient de s’interroger sur leur propension à effectivement avoir une influence sur le processus de transition écologique. Il s’agit en fait d’une question épineuse, l’idée d’un rapport d’influence mutuelle entre la langue et le réel ayant été l’objet de nombreux débats dans les champs de la linguistique et de la philosophie du langage. Ainsi, là où beaucoup ont rejeté l’hypothèse dite de « Sapir-Whorf », selon laquelle le langage influence la pensée et les comportements, d’autres ont prôné l’aménagement linguistique comme stratégie pour faire face à des pressions socioculturelles (et dès lors en partie extra-linguistiques), comme ce fut le cas au Québec (Ballarin 2009).
Plus récemment, le champ de la linguistique a vu émerger l’écolinguistique, branche d’études qui vise à identifier les idéologies qui iraient à l’encontre de la protection de l’environnement, à participer à leur déconstruction théorique, et à mettre en avant de nouveaux récits, plus respectueux de l’environnement (Biros 2011 : 75). Dans ce cadre, le langage constitue la matière première à partir de laquelle analyser différentes représentations au sein d’une culture, mais également faire évoluer ces représentations.
Sans prétendre apporter une réponse définitive à ce débat historique sur le rapport d’interface entre langue et réalité, plusieurs exemples de néologismes présentés supra montrent que les mots peuvent avoir une influence sur la façon dont nous nous représentons le réel et également sur celui-ci, et qu’ils constituent un paramètre à ne pas négliger dans le processus de transition écologique.
Notre argumentation s’appuie tout d’abord sur un phénomène nommé « effet d’hypostatisation », selon lequel l’existence d’un mot pour désigner une entité crée l’impression chez le locuteur que cette entité existe ou pourrait exister (Schmid 2008 : 5, Lipka 1975 : 200). Cet effet peut être mobilisé pour créer des concepts à partir d’évènements, d’émotions, d’idées abstraites ou imaginaires, qui apparaissent alors comme des expériences possibles dans l’extra-linguistique. Ainsi, la création d’un terme tel que éco-anxiété (entré dans le dictionnaire en 2023) a permis la synthèse de fragments d’expérience associés à différents contextes et à différents individus en un concept unique, qui apparaît alors comme un sentiment pouvant être ressenti par tous. Par extension, la conceptualisation et la dénomination de cette expérience émotionnelle par un terme spécifique s’est traduite par le développement de travaux scientifiques visant à étudier ce sentiment et ses manifestations.
Ainsi, la requête « éco(-)anxiété » sur le moteur de recherche de publications scientifiques Google Scholar permet d’obtenir 677 résultats, dont 12 seulement datent d’avant 2015, de même que « anxiété climatique » retourne 54 résultats (3 370 pour la version anglaise « climate anxiety »), dont 2 seulement datent d’avant 2015, suggérant l’idée d’un rapport d’influence de la création lexicale sur la recherche scientifique. De même, il est désormais possible de participer à des « cercles de paroles sur l’éco-anxiété » à l’Académie du Climat, qui visent à « offrir un espace sécurisé pour explorer et exprimer nos émotions liées à la crise environnementale actuelle » (Académie du Climat s.d.), tandis que l’on voit émerger différentes initiatives dans divers champs artistiques, techniques et scientifiques autour du terme symbiocène[11], lesquelles visent à imaginer les matérialisations concrètes de ce paradigme hypothétique.
En parallèle, comme le suggère l’exemple de solastalgie et d’éco-anxiété, ces néologismes permettent de synthétiser et de mettre en mots des aspects de l’expérience humaine jusqu’alors non conscientisés, synthèse qui peut alors favoriser la diffusion des idées ainsi encapsulées. Cette diffusion est néanmoins conditionnée par deux paramètres qu’il convient de ne pas négliger. Le premier concerne le niveau de complexité du néologisme (forme, niveau d’abstraction, respect ou non des conventions linguistiques concernées). Prenant l’exemple des unités introduites par Glenn Albrecht (voir plus haut), Zollo (2022) souligne ainsi le risque d’incompréhension de néologismes qui tendraient à bousculer les codes de la langue, à l’image de sumbiocratie, qui comprend un morphème relativement opaque pour un locuteur francophone (sum-). Cette complexité peut également s’illustrer au niveau du langage mobilisé par les institutions : souvent caractérisé par un recours à la composition (qui constitue une stratégie de création lexicale typique des vocabulaires spécialisés et scientifiques), celui-ci est marqué par la mobilisation de termes techniques et relativement abstraits (ex. : planification écologique, stratégie nationale bas carbone, décarbonation profonde, etc.) qui ne sont pas toujours bien compris par les citoyens. En ce sens, la néologie (ici compositionnelle) pourrait exacerber une certaine fracture entre sphères institutionnelles et société, entrainant une forme de confiscation de ce qui se passe par ceux qui savent utiliser les unités en question et allant ainsi à l’encontre d’une démocratisation de la connaissance autour des enjeux écologiques.
Deuxièmement, la capacité de ces nouveaux termes à favoriser la conscientisation écologique dépend largement de leur propension à être effectivement en résonance avec les aspirations des citoyens. C’est en outre cette seconde condition qui peut expliquer le manque de succès de décroissance, terme qui va à l’encontre d’une majorité citoyenne conditionnée à valoriser la croissance. Mais alors qu’en serait-il de néologismes qui indexeraient des aspirations davantage consensuelles ? Et serait-ce le cas d’un terme tel que symbiocène, ou d’expressions linguistiques plaçant la nature en position d’agent ? À défaut de pouvoir répondre à ces interrogations, (ces nouvelles formes langagières n’étant pour l’instant que très peu répandues et leur réception n’ayant pas encore été étudiée), nous préférons conclure en soulignant l’intérêt de les considérer et de les soumettre à l’épreuve de l’opinion publique. Même si ces néologismes ne désignent pas tous des entités réelles et actualisées, en fonction de leur propension à être compris par une large audience, ils peuvent être la pierre angulaire de débats fertiles et stimulants pour penser d’autres manières d’être au monde, de produire, et de consommer.

Conclusion

Différentes stratégies langagières façonnent le débat écologique actuel. Mobilisées par des groupes sociaux variés et dans des contextes différents, leur analyse permet d’interroger notre rapport à la question écologique : percevons-nous les changements écologiques comme une catastrophe, comme une urgence, ou comme un phénomène trop lent et lointain pour en faire réellement une priorité ? Et en fonction de ces différents cadrages, de quoi sommes-nous véritablement prêts à nous passer ? Serions-nous prêts à accepter une économie qui ne valorise plus la croissance mais la sobriété et ce que ce changement de paradigme impliquerait ? Serions-nous d’accord pour accorder autant de valeurs aux générations futures qu’à nos contemporains ? Et en serait-il de même pour les non-humains ?
Réciproquement, le choix d’un terme plutôt qu’un autre peut en soi constituer une forme de réponse à l’une ou l’autre de ces questions (l’emploi du terme décroissance constituant par exemple une forme de « oui » à la troisième de ces interrogations), conférant ainsi à ce choix une véritable portée politique. S’il se multiplie et se répand, l’usage de termes dénotant des concepts allant à l’encontre d’un statu quo peut constituer un véritable outil de transition, si l’on en croit l’idée que l’accumulation de changements périphériques peut conduire au changement du noyau central des représentations sociales, et à condition que les termes en question puissent être facilement compris et appropriés par les citoyens.

Notes de bas de page

[1] « Many is better than few, more is better than less, big is better than small, grow is better than shrink, up is better than down. »
[2] https://www.leparisien.fr/societe/lete-2022-est-le-deuxieme-ete-le-plus-chaud-apres-2003-dapres-meteo-france-30-08-2022-V33CHEYOTZECRIPWJRDHSDPEQE.php.
[3] https://www.ladepeche.fr/2023/09/10/chaleur-feux-pluies-les-evenements-climatiques-extremes-de-lete-11444126.php.
[4] https://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/canicule-retour-sur-une-semaine-aux-multiples-records-1972755.
[5] Voir L’Oeil n°52 de La Fabrique Écologique pour plus de détails sur ce point.
[6] Voir notamment Gifford (2011) pour une liste de ces différents freins psychologiques, qu’il nomme les « dragons de l’inaction » (notre traduction : « the dragons of inaction »).
[7] Par représentation sociale, nous entendons ici un ensemble d’idées, de croyances, et de valeurs partagées par un groupe social et influençant le comportement des individus composant le groupe en question (Moscovici 1961).
[8] Notons qu’en fonction de l’adhésion ou non d’un groupe social donné à la notion de décroissance, celle-ci pourra être qualifiée de théorie (groupe social en faveur de la décroissance), ou d’idéologie (groupe social objecteur), ces deux expressions participant de renforcer et de justifier le positionnement du groupe social en question.
[9] Citons entre autres les travaux de Herman Daly (1996, 1977) et l’ouvrage Prospérité sans croissance : La transition vers une économie durable (Jackson 2009).
[10] Composé qui peut être traduit par l’expression « objets produits par la nature ».
[11] Citons entre autres le travail du PLP Labs, qui a décidé de s’inscrire dans les principes du concept de symbiocène pour son travail en design et en architecture (s.d.), ceux du Territory Lab (s.d.), organisme de « recherche-action » promouvant une transition des territoires selon ces mêmes principes, ou encore l’Agence Symbiocène, qui propose d’« accompagner les entreprises pour développer une économie en symbiose avec les animaux non-humains » (s.d.).

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Article publié - Publié le 25 mars 2024

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