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« Roux comme un panda » de Jean-Jacques Fresko, Éditions Tana

Publié le 30 janvier 2026

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« Le contact, la connexion avec votre regard, votre odeur, votre manière d’être, cet échange sensible […] m’ont entrouvert une lucarne sur des mondes qui ne sont pas les miens »

Connaissez-vous Hazel, le panda roux de la ménagerie du jardin des plantes ? Jean-Jacques Fresko part à sa rencontre, sous la forme d’un dialogue à sens unique, dans lequel il partage ses réflexions d’ordre philosophique, scientifique ou encore éthique sur la condition animale. Son enquête sur cette espèce l’amène à parcourir les quatre coins du monde, de la ménagerie du jardin des plantes à Paris aux réserves naturelles de Katmandou au Népal, en passant par le zoo de Rotterdam aux Pays-Bas. Au cours de ces voyages, il rencontre aussi une myriade d’acteurs qui œuvrent tous à la préservation du panda roux, que ce soit Flavien le « soigneureuse », Janno le scientifique expert de la conservation ou encore Angela Glaston, présidente du Red Panda Network, le réseau international de protection du panda roux.

Tout commence au jardin des plantes, où Jean-Jacques Fresko compare l’apparition d’Hazel, tout flamboyant, à un défilé de mode de la fashion week. Lors de cette première rencontre, Fresko réalise que ce ne sont pas les espèces charismatiques qui sont les plus protégées : le panda roux a beau être l’icône de Mozilla Firefox ou le personnage Shifu dans le film Kung Fu Panda, cela ne l’empêche pas d’être menacé d’extinction, à cause du braconnage et la perte d’habitat.

S’ensuit une réflexion philosophique sur les propos de Montaigne pour qui  « chaque homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition ». Or, à travers un savant calcul, Fresko rappelle qu’à 96 %, la biomasse mammifère sur Terre, c’est de l’humain. De plus, mis à part l’exotisme, nous avons en tant qu’humain toutes les caractéristiques d’une espèce exotique envahissante… de quoi relativiser notre soi-disant supériorité !

Son enquête se poursuit aux Pays-Bas où l’écrivain fait la rencontre de « Janno » qui travaille à la conservation génétique du panda roux et fait partie de l’EZEA (Association Européenne des Zoos et Aquariums) qui fédère les zoos à l’échelle d’un continent. C’est lui qui décide d’affecter tel ou tel panda au zoo qui en fait la demande. Cela donne l’occasion à Fresko de poser une question juridique redoutable, à qui appartient le panda roux ? La réponse la moins risquée, répond Fresko, est « à personne ». Pour autant, il pense qu’un « res nullius » sans droit animal ne serait pas souhaitable. Mais un animal a-t-il le droit d’avoir des droits ?

Pour illustrer ce débat, Jean-Jacques Fresko raconte l’histoire du photographe animalier David Salter qui un jour a volontairement laissé son appareil photo dans la jungle afin de voir si les animaux allaient utiliser son appareil. De là est née une photo d’un singe hilare, premier selfie non humain de l’histoire de la photo ! Mais s’est posée la question des droits d’auteur. Comme un singe ne peut pas recevoir des droits d’auteur, Wikipédia l’a considérée libre de droit. A l’inverse, l’association People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) a réclamé des droits d’auteur pour le singe qui a appuyé sur l’appareil. Pour Fresko, cette histoire est révélatrice de l’échec des lois humaines à définir les droits des non humains. Selon lui, l’extension de droits conçus par et pour des humains aux vivants non humains conduit très vite à une impasse.

Pour répondre à cette impasse, Fresko invoque la juriste Mireille Delmas-Marty qui défend l’existence de devoirs des humains vis-à-vis des non humains. Selon elle, plutôt que concéder des droits aux non humains, les droits des animaux sont des devoirs s’imposant à l’espèce humaine. Elle considère qu’« il ne s’agit pas de faire de l’Homme l’ennemi numéro 1 de l’environnement mais de transformer la domination en interdépendance entre vivant humain et non humain ».

Sur un autre sujet, Jean-Jacques Fresko pose la question : et si on arrêtait de manger de la viande ? Pourquoi ne prendrions-nous pas exemple sur le panda roux qui est un « carnivore vegan » ? En effet, le panda roux a beau être carnivore, il ne se nourrit exclusivement que de bambous ! Alors que le panda roux a d’abord eu un régime carné pour finalement tendre vers un régime végétalien, l’humain a fait le chemin inverse, passant d’un primate frugivore à carnivore. Rappelant l’impact de la production de viande sur la déforestation, Fresko affirme que c’est un chemin qu’il faudrait rebrousser. Selon lui,  « pour espérer survivre en tant qu’espèce, nous devons nous déprendre de notre addiction à la viande ».

Entre toutes ces réflexions, Fresko se rend à Katmandou au Népal, où il a l’ambition d’observer le panda roux dans son milieu naturel. Or, la tâche s’avère plus difficile que prévue. Il reconnait qu’il n’aurait jamais pu y parvenir s’il n’avait pas été accompagné des experts du Red Panda Network (RPN) qui savaient comment pister le panda roux.

Finalement, Jean-Jacques Fresko conclut son enquête par un questionnement sur le rapport « ex situ, in situ » : existe-t-il une continuité entre l’action de préservation ex situ (en zoo) et la restauration du milieu naturel (in situ) ? A quoi bon restaurer l’habitat du panda roux s’il n’y a plus de panda roux pour aller y résider ? Il n’y a pas de réponse définitive. Plutôt que d’en chercher une, Jean-Jacques Fresko nous invite surtout à décentrer notre regard et à se sensibiliser au non humain, comme il l’a été grâce à Hazel.  Les mots de la fin lui sont d’ailleurs dédiés : « le contact, la connexion avec votre regard, votre odeur, votre manière d’être, cet échange sensible […] m’ont entrouvert une lucarne sur des mondes qui ne sont pas les miens ».

 

 

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