28

juin

2020

Intervention Lucile Schmid pour le Nouvel Esprit Public : « Que faire de la Convention citoyenne pour le climat ? »

Cette convention déchaîne une vague d’enthousiasme chez certains, et d’opprobre chez d’autres. Lorsqu’on écoute Thierry Pech ou Laurence Tubiana, les co-présidents du comité de gouvernance de cette convention, on a le sentiment qu’un acte historique a été accompli sur les questions d’écologie, puisque les 150 propositions sont assez ambitieuses (même si la plupart ne sont que des reprises de propositions déjà portées par des députés ou des ONG). Elles prennent une légitimité toute particulière du fait qu’elles viennent de citoyens ordinaires, tirés au sort de manière assez particulière, puisque les méthodes étaient proches du sondage (en corrigeant les variations dues au territoire, à l’âge ou au milieu social). On entend également un concert de louanges sur les aspects démocratiques, Thierry Pech n’hésite pas à dire que cette convention devrait avoir une valeur normative, même si elle ne fait pas partie du processus habituel des instances représentatives. Personnellment, je m’interroge sur ce qu’il entend par là, qu’en penseraient les parlementaires ? Laurence Tubiana, cheville ouvrière de la COP21, dit qu’il faut saisir la balle au bond et en tirer un programme ambitieux pour la France.
Du côté des adversaires, nous avons des entreprises, mais aussi certains parlementaires. Il y a une inquiétude et même une hargne envers cette convention, comme si elle allait remettre en cause l’ensemble des libertés économiques voire humaines. Il y a aussi l’idée que tout cela sera très onéreux et que nous y laisserons notre chemise.
Des excès des deux côtés, à mon avis. L’écologie, sous des dehors consensuels, est quelque chose qui crée un débat assez virulent.
Qu’en retenir, mais surtout, comment atterrir ? Cela concerne le président de la République lorsqu’il rencontrera le 29 juin les citoyens pour discuter avec eux de leurs propositions. Lesquelles retenir, et comment leur donner une valeur qui soit « présidentielle » ? Entre les longs développements sur les questions de l’alimentation, le fait qu’il faut modifier la PAC, introduire l’écocide dans la Constitution … Que choisir, et comment faire en sorte que le lien entre démocratie et écologie ne soit pas rompu par une méthode trop autoritaire ? C’est la crainte des citoyens, notamment à propos de l’usage possible du référendum. Comment accorder la démocratie représentative et cette nouvelle forme de démocratie participative ?
Le sujet de l’arrivée d’une dynamique verte dans la question des territoires se pose, comment s’articulera-t-il à cette décentralisation préconisée par Emmanuel Macron ? Parviendra-t-on à imaginer quelque chose qui fasse le lien avec la convention citoyenne ? C’est un pari que pour ma part je trouve important. On voit bien aujourd’hui que l’écologie a besoin d’être articulée à d’autres enjeux pour exister concrètement. C’est ce qu’Ursula von der Leyen a réussi au niveau européen avec le Green Deal. Le meilleur cadeau qu’Emmanuel Macron puisse faire à cette convention citoyenne et à l’écologie serait d’en faire un des axes de cette décentralisation.