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L’écologie du quotidien – Ou comment les personnes vulnérables sont écolos sans le dire

Publié le 6 novembre 2025

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Article publié

Acteur social majeur, fort d’une implantation territoriale unique et d’un réseau de plus de 38 000 personnes en France, le mouvement Emmaüs a initié, en 2024 et 2025, un cycle de conventions citoyennes internes dédiées à l’écologie. Avec son activité historique de récupération, de tri, de réparation et de mise en vente d’objets de « seconde main », Emmaüs a parfois été décrit comme une organisation qui, depuis soixante-dix ans, fait de l’écologie sans le savoir. Pouvait-on mettre des mots sur ces pratiques et dessiner les contours d’une écologie réellement solidaire ? La Fondation Jean-Jaurès et La Fabrique écologique se sont associées à cette démarche, conscientes de l’opportunité rare qu’elle représentait : observer comment les enjeux écologiques sont perçus, débattus et pratiqués par des publics variés, incluant des personnes en situation de grande précarité.
 
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Synthèse

Acteur social majeur, fort d’une implantation territoriale unique et d’un réseau de plus de 38 000 personnes en France, fondé dès l’origine sur des activités de récupération, de tri, de réparation et de mise en vente d’objets de « seconde main », Emmaüs est une organisation qui, depuis soixante-dix ans, fait de l’écologie sans le savoir.
Le mouvement a initié, en 2024 et 2025, un cycle de conventions citoyennes dédiées à l’écologie. La Fondation Jean-Jaurès et La Fabrique écologique se sont associées à cette démarche, conscientes de l’opportunité rare qu’elle représentait : observer comment les enjeux écologiques sont perçus, débattus et pratiqués par des publics variés, incluant des personnes en situation de grande précarité, et en tirer des enseignements pour mieux traiter des enjeux écologiques à l’échelle de la société dans son ensemble. Ces conventions, tenues aux Ateliers du Bocage dans les Deux-Sèvres, à Saint Didier-au-Mont-d’or près de Lyon et à Paris, ont fonctionné comme de véritables laboratoires démocratiques. Elles ont révélé une « écologie au plus proche de la réalité », ancrée dans le quotidien, les contraintes matérielles et les aspirations à la dignité.
L’émergence d’une écologie« qui ne dit pas son nom » :la pratique avant le verbe
Il existe une écologie active, qui ne se nomme pas comme telle. Elle est pragmatique, issue du cœur de métier d’Emmaüs : la lutte contre le gaspillage, pour le réemploi, la réparation et la valorisation de ce que la société de consommation rejette. S’y ajoute la montée en puissance de l’agroécologie à travers un réseau de fermes solidaires et d’insertion, la pratique du maraîchage et d’autres activités, comme le développement de semences paysannes, ou la création de matériaux de construction écologiques comme les briques naturelles et réutilisables.
Cette approche déculpabilise l’écologie. Elle n’est jamais « punitive », mais associée à une énergie positive et à des valeurs fondamentales partagées avec le projet d’Emmaüs : la solidarité, le partage, la dignité, l’aide, le beau et l’espoir.
Une écologie solidaire fondée non sur la morale, mais sur les réalités vécues et les capacités d’adaptation

Pas d’écologie sans solidarités préalables. Il ne s’agit plus d’ajouter des compensations sociales à des dispositifs écologiques, mais de mettre en œuvre des processus qui incluent d’emblée le social et l’écologique.
À la communauté d’Emmaüs Pamiers dans l’Ariège, une convention annuelle permet de fournir 5 tonnes de légumes bio aux Restos du cœur à un tarif solidaire. Lorsque le maraîchage bio alimente des dispositifs solidaires, les conséquences sont positives en termes sociaux (accès à une alimentation de qualité, meilleure santé) et écologiques (préservation de la biodiversité, réduction de l’empreinte carbone).
De la pratique au projet : la nécessité d’un cadre
*Le cadre matériel et immobilier : « C’est quoi un écogeste dans une passoire thermique ? » De nombreuses communautés vivent dans un « monde très minéral », où l’introduction d’un potager est un défi, sans même parler de relation à la nature.
*Le cadre économique et financier : Les initiatives de mobilité solidaire sont structurellement déficitaires. Le pôle mobilités d’Emmaüs Ruffec, par exemple, est déficitaire à 80 % et n’est à l’équilibre que grâce à un soutien public, soumis aux aléas politiques. Le manque de soutien des collectivités locales est un frein majeur au développement des projets.
* Le cadre organisationnel et humain : Pour que les écogestes (tri, économies d’eau, etc.) soient efficaces, ils doivent s’inscrire dans un processus collectif et non une logique de culpabilisation individuelle. Les conventions ont fait émerger l’idée d’une « responsabilité croisée » entre l’organisation et les individus.
*Les partenariats : Mieux travailler et s’associer avec des acteurs locaux engagés sur les enjeux écologiques (agriculture bio, construction et architecture durable, associations de vélo).
Construire des récits
Construire un « récit écologique et solidaire » constitue un enjeu stratégique. Mais agir n’est pas nommer. Trier, réemployer et recycler n’était pas qualifié de démarche écologique lorsque Emmaüs a été créé au milieu du XXe siècle. L’urgence n’est-elle pas l’accueil, de donner un toit, à manger, l’accès au médecin, aux cours de langues, à un emploi, à des papiers ? L’écologie est entrée dans le quotidien, mais elle reste encore aujourd’hui moins prioritaire que les enjeux de solidarité. Il s’agit de construire un récit solidaire et écologique. Pas d’écologie sans justice sociale.
La dynamique en cours se nourrit des adhésions au mouvement de nouvelles structures qui portent notamment des activités agricoles. Elle est aussi alimentée par une prise de conscience plus générale autour de la nécessité de changer les fonctionnements de l’économie circulaire face aux urgences climatiques. Comment les vélos cargos peuvent-ils remplacer les camions diesel ? Que faire face aux débordements de la fast fashion ?
Une écologie vue comme un contre-pouvoir
C’est vers une écologie alternative que se situent les aspirations. Cela correspond à la culture historique de l’organisation, à ses engagements sociaux et migratoires, mais aussi à une tendance plus générale des associations engagées sur l’écologie. C’est une alerte sur la perte de légitimité accélérée des institutions en matière d’ambition écologique.
« Backlash écologique » vraiment ?

Ces observations relativisent le discours sur le « backlash écologique», cette idée selon laquelle les classes populaires seraient par nature hostiles à la transition.
Lorsque les actions écologiques sont porteuses de sens, apportent un bénéfice tangible (économies, qualité de vie, lien social…) et sont menées dans le respect, et non dans la culpabilisation, l’adhésion est forte. L’enjeu n’est pas de convaincre de la nécessité de l’écologie, mais de créer les conditions de sa mise en pratique.
Cette écologie du quotidien, telle qu’elle se vit au sein du mouvement, préfigure un modèle de société autrement plus sobre, nécessaire pour répondre aux urgences climatiques et de biodiversité là où les politiques menées par les pouvoirs publics manquent cruellement d’ambition et de dispositifs opérationnels.
Comme l’affirme Cédric Herrou, co-responsable d’Emmaüs Roya : « L’écologie ne s’achète pas, elle se vit. » En cela, l’écologie du quotidien qu’on observe chez Emmaüs préfigure un nouveau modèle de société, sobre et solidaire, sobre car solidaire.
Pistes d’action
– Mettre en place des « tournées de la sobriété solidaire » (TSS), en organisant chaque année, sur le modèle des Journées du patrimoine, une visite des communautés Emmaüs pour une découverte concrète des dérives de la société de consomma-tion.
– Questionner systématiquement les affirmations de « backlash écologique », en documentant les possibilités concrètes offertes aux citoyens (mobilité, alimentation, logement) qui souhaitent modifier leurs comportements, particulièrement en ce qui concerne les personnes les plus vulnérables.
– Généraliser la délibération citoyenne comme outil de pilotage de la transition.
– Soutenir les laboratoires d’une écologie du quotidien, en mettant là encore l’accent sur des sujets concrets (mobilité, alimentation, santé, logement, emploi…).
– Articuler systématiquement investissements sociaux et écologiques, et pour cela penser en amont un rapprochement des politiques publiques sociales et écologiques, à l’ensemble des échelles, du local à l’Europe.

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