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Le lien entre l’eau et l’énergie : une prise en compte insuffisante

Publié le 10 juillet 2016

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Article de l’Oeil - N°11

Publié en janvier 2016 par le World Resources Institute1, le rapport « Water-Energy Nexus : business risks and rewards » met en évidence le lien entre l’eau et l’énergie, deux ressources essentielles au développement des sociétés humaines et étroitement dépendantes2. Cette connexion, incontournable et riche d’opportunités, reste pourtant peu questionnée dans le débat public, y compris français.
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La perspective d’une demande et d’une compétition croissantes pour l’eau et l’énergie dans les prochaines décennies – où vont se conjuguer forte croissance démographique, développement économique galopant et dérèglements climatiques – fait du lien eau-énergie un enjeu géopolitique majeur, ces ressources étant déjà confrontées au paradoxe de leur finitude3.
La demande en eau nécessite d’importantes consommations d’énergie (1), quand certaines sources d’énergie requièrent elles-mêmes d’importantes quantités d’eau (2). Les innovations sont donc indispensables, et les opportunités nombreuses pour les acteurs du monde politique et économique qui feront le choix de s’y consacrer (3). Ce rapport fait ainsi état des évidentes interactions entre ces ressources, à partir d’exemples régionaux déjà confrontés aux risques liés à l’approvisionnement en eau et en énergie, et les solutions émergeant pour y répondre.
#1 Répondre à la demande en eau induit nécessairement des besoins en énergie, en témoignent les pays du Moyen-Orient pris en exemple, qui pour répondre à cette demande ont recours à des techniques de dessalement fortement consommatrices d’énergie. Toutefois en cette période de réduction des énergies fossiles ces pays font de plus en plus le pari des énergies vertes, au premier rang desquelles l’énergie solaire4, et encouragent la recherche et le développement de technologies plus efficaces. Au-delà des innovations technologiques l’accent est également porté sur l’importance d’inclure localement les populations, notamment les femmes, dans la gestion de l’eau.
 
#2 A l’inverse, la demande en énergie est dépendante de l’approvisionnement en eau. Le cas chinois développé montre néanmoins que l’adaptation de la production d’énergie à la rareté de l’eau est possible, et les innovations technologiques des marchés d’avenir. Le développement d’énergies propres faiblement consommatrices d’eau et l’amélioration des capacités de transport et de stockage de l’énergie, le recours à des sources d’eau alternatives à l’eau douce comme les eaux usées traitées, ou l’action sur la demande par des partenariats avec les populations sont autant de solutions d’avenir encouragées.
 
#3 Soulignant l’évidente interdépendance entre l’eau et l’énergie, l’étude constitue ainsi un appel aux pouvoirs publics à penser en même temps la gestion de ces deux ressources, pour en assurer un approvisionnement durable mais aussi encourager leurs populations à maîtriser leurs besoins en eau et en énergie. D’autant que les opportunités économiques sont nombreuses pour les entreprises qui investiront dans les technologies émergentes présentées dans ce rapport. Un lien eau-énergie qui mérite ainsi d’être mieux pris en compte en Europe et dans notre pays.
 
1 Le World Resources Institute est un think tank américain qui se donne pour vocation la recherche de moyens visant à concilier le développement économique et la protection environnementale.
2 Le « water-energy nexus » est un concept relatif aux interactions entre l’eau utilisée pour la production d’énergie, incluant à la fois l’électricité et les sources de combustibles comme le pétrole ou le gaz, et l’énergie consommée pour extraire, traiter, transporter et éliminer l’eau.
3 On estime à 9 milliards la population mondiale en 2040, dont un tiers vivra dans des régions soumises à un stress hydrique, alors que la demande mondiale en eau pour l’industrie devrait à elle seule augmenter de 250 % d’ici 2030. Les « crises de l’eau » et les chocs du prix de l’énergie figurent déjà au classement du Global Risks Report comme d’importants facteurs de déstabilisation,
4 Au potentiel considérable dans cette région concentrant 22 à 26 % du rayonnement solaire mondial.

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