Accueil > Évènements

Évènements passés

19

janvier

2022

Les controverses écologiques

Évènement passé

Les Controverses Écologiques : Quelle nouvelle organisation du territoire pour la transition écologique ?

Les intervenants

Hélène Peskine

Secrétaire permanente du Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA) au sein du Ministère de la Transition écologique.

Magali Reghezza-Zitt

Géographe, co-directrice du Centre de formation sur l’environnement et la société de l'ENS, membre du HCC.

Xavier Desjardins

Professeur en urbanisme et Aménagement de l'espace à Sorbonne Université, chercheur et consultant (coopérative Acadie), auteur de nombreux ouvrages sur l'aménagement du territoire.

Olivier Razemon

Journaliste indépendant et auteur du livre : "Les Parisiens", une obsession française - anatomie d'un déséquilibre.

Géraud Guibert

Président de la Fabrique Écologique

Voir la vidéo Ecouter le podcast
Le 19 janvier 2022, en partenariat avec Sorbonne Développement Durable, s’est déroulée la dixième édition des Controverses Écologiques. Le débat « Quelle nouvelle organisation du territoire pour la transition écologique » a été animé par Géraud Guibert, président de La Fabrique Ecologique. Hélène Peskine, Secrétaire permanente du Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA) au sein du Ministère de la Transition écologique ; Magali Reghezza-Zitt, géographe, co-directrice du Centre de formation sur l’environnement et la société de l’ENS, membre du HCC ; Xavier Desjardins, professeur en urbanisme et Aménagement de l’espace à Sorbonne Université, chercheur et consultant (coopérative Acadie), auteur de nombreux ouvrages sur l’aménagement du territoire et Olivier Razemon, journaliste indépendant et auteur du livre : « Les Parisiens », une obsession française – anatomie d’un déséquilibre étaient en notre compagnie pour débattre de cet enjeu .
En introduction, il a été rappelé que cette controverse s’inscrit dans un cycle de discussions sur des sujets structurels qui devraient être au cœur des débats autour de la présidentielle. Le choix du terme « organisation » plutôt que celui d’« aménagement » est volontaire car il ne s’agit pas ici seulement d’un enjeu d’infrastructures. Par ailleurs, s’il est évident que le mille-feuille territorial ne facilite pas la transition écologique, cette controverse n’a pas vocation à traiter des problèmes de l’architecture des collectivités locales.
Les intervenant.e.s ont commencé par expliciter leur vision de l’organisation du territoire dans la transition écologique. Aujourd’hui, elle est trop souvent considérée comme le mode de relation entre l’Etat et les collectivités locales alors qu’une vision holistique permettrait de s’en servir comme un levier invisible permettant d’aborder l’ensemble des dimensions de la transition écologique. D’un autre côté, l’organisation du territoire appelle à une refondation intellectuelle : il faut penser la diversité des modèles de transition par les territoires.
La première partie du débat s’est concentrée sur l’approche locale de l’organisation du territoire en termes de rapprochement entre domicile, lieu de travail, lieu de loisir et lieu de consommation. Les intervenant.e.s ont d’abord rappelé la nécessité de se méfier des limites d’une telle conception : la vie n’étant pas linéaire, les individus ne sont pas assignés à résidence, il est donc impossible de fixer un lien perpétuel entre là où on travaille et là où on vit. D’autre part, l’objectif de rapprochement des emplois et des habitations est, certes souhaitable, mais extrêmement difficile à mettre en œuvre, notamment parce que tous.tes les citoyen.ne.s ne vivent pas dans un seul logement (10 % des français.e.s vivent quotidiennement dans deux logements différents). De la même manière, si les français.e.s prennent de plus en plus conscience de l’aspect subi, imposé de leurs transports quotidiens, des contradictions demeurent. En effet, une enquête de l’Insee montre que les individus désirent à la fois se rapprocher de leur lieu de travail mais refuse d’abandonner la voiture et le pavillon. L’intérêt ici serait donc davantage d’apprendre à articuler les fonctions urbaines entre elles. Enfin, il convient de regarder l’ensemble des parties prenantes, en particulier les entreprises, qui dépendent et impactent l’organisation du territoire et dont les flux ont un gros impact carbone. D’un autre côté, l’organisation du territoire va devoir prendre en compte une nouvelle donne : l’environnement et le climat changent, ce qui sous-tend des pressions supplémentaires sur les systèmes (en termes de valeurs, de co-bénéfices). Dans ce contexte, les aspirations de gouvernance peuvent changer très vite. Certains facteurs qui incitaient auparavant les populations à s’installer quelque part ne vont plus être rentables (augmentation du coût des énergies fossiles, pression sur les ressources alimentaires/agricoles, exposition aux risques…). La discussion sur l’organisation du territoire perd son sens si on ne prend pas en compte ces données changeantes. Pourtant, les documents d’urbanisme sont très en retard dans la prise en compte de tous ces nouveaux impacts à court terme.
La seconde partie de la Controverse a cherché à analyser deux enjeux sous-jacents à l’organisation du territoire : l’étalement urbain et l’artificialisation des sols. S’il existe tout un arsenal juridique pour contraindre l’occupation des zones à risques, l’enjeu principal est de parvenir à le faire respecter. Or, à ce titre, la question foncière joue un rôle déterminant. C’est pourquoi l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) ne résiste pas à la pratique du terrain et ne doit pas être pensé uniquement à travers une seule dimension. L’objectif ZAN est aussi problématique de par son ambiguïté : on ne sait pas vraiment ce dont on parle. En outre, les modalités actuelles de fonctionnement des services publics ne permettent pas sa mise en œuvre.
Enfin, la troisième partie du débat s’est intéressé aux fractures territoriales. Les intervenant.e.s ont rappelé que les métropoles n’étaient pas vivables à long terme d’un point de vue écologique (pollution) mais aussi psychologique (mal-être) ou économique (coût de l’immobilier à Paris). D’où le rejet de la part des autres régions vis-à-vis de la région parisienne, une autre forme de fracture territoriale qui sous-tend la question de la vivabilité du territoire. Par ailleurs, le but d’une politique d’aménagement du territoire n’est pas de redistribuer les populations mais d’égaliser les conditions de chance et de vie entre les territoires. En France, les villes ont tendance à avoir une oscillation démographique lente. Il faut donc affronter de manière plus réaliste l’évolution démographique : comment vivre bien tout en étant plus ou moins nombreux, sans chercher à atteindre une taille de population optimale et sortir de l’idée que l’attractivité d’une ville est liée au nombre de ses habitants.
Pour conclure, les intervenant.e.s ont noté l’ambition que soulève la question de l’organisation du territoire dans un contexte de transition écologique. L’adaptation signifie qu’il va falloir des grands travaux avec une vision nationale. Pour cela, il faut dépasser le débat local versus national qui empêche d’avancer. A l’heure actuelle, les objectifs de la Stratégie Nationale Bas carbone (SNCB) ne peuvent être remplis car l’organisation du territoire ne le permet pas : il faut à la fois des objectifs, des jalons temporels et des mécanismes de compensation.
 

15

décembre

2021

Les controverses écologiques

Évènement passé

Les Controverses Écologiques : A la lumière des scénarios publiés, quelles priorités pour la transition énergétique ?

Les intervenants

Jacques Rigaudiat

Conseiller maître honoraire à la Cour des comptes

Valérie Quiniou

Directrice exécutive prospective et recherche à l'ADEME

Yves Marignac

Porte-parole de NégaWatt

Behrang Shirizadeh

Chercheur et consultant sur la transition énergétique, auteur principal des travaux du CIRED sur le mix électrique et énergétique de la France

Géraud Guibert

Président de La Fabrique Ecologique

Voir la vidéo Écouter le podcast
Le 15 décembre 2021, en partenariat avec Sorbonne Développement Durable, se déroulait la neuvième édition des Controverses Écologiques. Le débat « A la lumière des scénarios publiés, quelles priorités pour la transition énergétique ? » a été animé par Géraud Guibert, président de La Fabrique Ecologique. Quatre intervenants ont participé à cette Controverse : Yves Marignac, porte-parole de Négawatt, Valérie Quiniou, directrice exécutive prospective et recherche à l’Ademe, Jacques Rigaudiat, conseiller-maître honoraire à la Cour des comptes, et Behrang Shirizadeh, chercheur et consultant sur la transition énergétique, auteur principal des travaux du CIRED sur le mix électrique et énergétique de la France. 
En introduction, il a été rappelé que l’objectif de cette controverse était avant tout de recentrer le débat dans un contexte où des assertions parfois caricaturales sont proclamées à l’occasion de la campagne présidentielle sur les thématiques énergétiques et où les discussions se limitent à une opposition entre le nucléaire et les énergies renouvelables.
Les différents intervenants ont rapidement présenté la méthodologie et les principaux résultats de leurs scénarios respectifs. Les scénarios de l’Ademe se sont appuyés sur les récits de société produits par le Giec. Les travaux menés par le CIRED montrent quant à eux qu’un mix électrique 100% renouvelable ne serait que très légèrement plus cher que le mix actuel. Les scénarios produits par Negawatt s’appuient sur le triptyque « sobriété, efficacité énergétique, énergies renouvelables ».
La première partie du débat a concerné la demande d’énergie. Pour Negawatt, non seulement la diminution de la demande d’énergie est possible, mais elle est également indispensable. Les trajectoires qui ne prennent pas en compte une réduction de la demande énergétique s’exposent à des difficultés, notamment sociales. Pour l’Ademe, la réduction de la demande est également incontournable, et est présente dans tous les scénarios, y compris le plus consommateur qui repose sur une baisse d’environ 20% de la consommation d’énergie finale. La question de l’acceptabilité de la sobriété est rapidement apparue dans le débat. Pour certain, le mouvement des Gilets Jaunes illustre le refus de se soumettre à des contraintes sur l’énergie. Pour d’autre, il illustre au contraire la mauvaise introduction d’une politique de sobriété sans prise en compte des inégalités sociales. Par ailleurs, si d’hypothétiques mouvements sociaux sont à craindre en réaction à la mise en œuvre de mesures de sobriété, d’autres risques sont également à prendre en compte, comme les retards dans le développement de technologies aujourd’hui peu matures ou leur rejet par les populations. Les intervenant.es s’accordent sur la nécessité de concertation en amont des politiques publiques de sobriété. Par ailleurs, la maîtrise de la consommation d’énergie peut s’accompagner de co-bénéfices qu’il faut mettre en avant, comme la réduction de la vulnérabilité de certains ménages face à la précarité énergétique.
La seconde partie de la controverse a porté sur la place accordée à l’énergie non électrique dans un scénario de neutralité carbone. Il a été rappelé en effet que la décarbonation de l’électricité est insuffisante, cette dernière n’est pas adaptée à certains usages, notamment industriels ou de transports par poids lourds. Les intervenant.e.s ont échangé autour des potentiels du biogaz et de la biomasse. La France dispose en effet d’un grand potentiel de biogaz. Le développement de ce dernier ne doit néanmoins pas rentrer en concurrence avec les cultures alimentaires. Il est donc important de se limiter aux utilisations des co-produits et de sous-produits.
Lors de la troisième partie de la controverse, les intervenants ont précisé les critères qui à leurs yeux devaient être pris en compte dans la constitution du mix énergétique. Il a été rappelé que la question de la transition énergétique va soulever des questions qui vont au-delà de la seule composition du mix énergétique, et notamment sur les réseaux (flexibilité, bidirectionnalité, décentralisation, etc.). Ces questions sont souvent invisibilisées. La neutralité carbone doit être atteinte en optimisant le coût de la transition. Le caractère démocratique de cette dernière est également crucial. Enfin, les mix énergétiques doivent être évalués selon le type de gouvernance qu’ils engendreront, leurs impacts sur la biodiversité, leur résilience face aux effets du changement climatique, leurs impacts sur l’emploi ou encore leur compatibilité avec l’échelle européenne. Les différents mix dessinent des paysages très différents, notamment en termes de risques.
En conclusion, les intervenant.es ont souligné la nécessité de multiplier les exercices de débat autour des questions de transition énergétique qui sont encore trop absentes ou maltraitées dans cette époque de pré-campagne présidentielle.

14

septembre

2021

Les controverses écologiques

Évènement passé

Les Controverses Écologiques : Quels enjeux écologiques pour les prochaines élections présidentielles ?

Les intervenants

Dalibor Frioux

Écrivain, philosophe, consultant en communication institutionnelle, co-fondateur du Prix du Roman de l'Écologie

Jean Daniel Levy

Directeur du département Politique et Opinion de l'Institut Harris Interactive

Sylvie Ollitrault

Directrice de la recherche à l'École des hautes études en santé publique, directrice de recherche au CNRS

Géraud Guibert

Président de La Fabrique Ecologique

Voir la vidéo Écouter le podcast
Le 14 septembre 2021, en partenariat avec Sorbonne Développement Durable, se déroulait la huitième édition des Controverses Écologiques. Le débat « Quels enjeux écologiques pour les prochaines élections présidentielles ? » a été animé par Mathilde Boitias, directrice de La Fabrique Ecologique. Quatre intervenants ont participé à cette Controverse : Dalibor Frioux, écrivain, consultant en communication institutionnelle, co-fondateur du Prix du Roman de l’Écologie ; Jean Daniel Levy, directeur du département Politique et Opinion de l’Institut Harris Interactive ; Sylvie Ollitrault, directrice de la recherche à l’École des hautes études en santé publique, directrice de recherche au CNRS et Géraud Guibert, président de La Fabrique Écologique. 
En introduction, il a été rappelé l’inquiétude croissante des français face au dérèglement climatique et, in extenso, l’intérêt montant de ces derniers pour les questions écologiques. Pour autant, face à ce constat, il a été question du décalage dans les imaginaires entre ce qui est et ce que devrait être la transition écologique. Le débat s’est ensuite organisé autour de quatre questions : quels sont les leviers d’actions pour que le débat écologique s’étende, se diversifie et prenne de l’ampleur ? Quels sont les enjeux de la co-construction citoyenne ? Y a-t-il une hiérarchie des sujets écologiques ? Quelles relations entre économie et écologie ?  
Sur les leviers d’actions nécessaires et disponibles à la lutte pour une nouvelle considération des enjeux écologiques dans le débat public, les intervenants ont tous souligné l’importance des mouvements sociaux avec une idée forte : la mobilisation sociale précède et amène le politique à intégrer, sur le modèle de l’offre et de la demande, les revendications émises. Cependant, un clivage sur les moyens d’enclencher un tel mouvement a émergé : si certains soulignent que la peur est un moteur pour se mettre en mouvement, d’autres craignent un effet paralysant et évoquent l’importance d’établir un futur désirable, force de mobilisation. Sur cette question, l’un des intervenants a souligné la place des émotions dans le débat écologique. 
Dans ce cadre-là, les enjeux de la co-construction et de la Convention Citoyenne pour le Climat ont également été abordés. Les intervenants ont souligné l’existence d’une fracture entre la population et ses élites, perçue par certains intervenants comme un obstacle à la mobilisation des masses. Ce à quoi s’est opposé un autre intervenant pour qui la colère, générée par le manque de considération de la parole citoyenne par les autorités politiques dans le cadre de concertations, peut être identifiée comme une dynamique sociale. La colère peut être un motif de mobilisation come ce fut le cas à Notre-Dame-des-Landes.  Par ailleurs, un autre obstacle à la co-construction a été évoqué lors du débat : la fracture entre les élites centrales et les collectivités territoriales. Dans le cadre de la transition écologique, les solutions doivent être adaptées et adaptables à chaque territoire car les problématiques ne sont pas les mêmes d’un espace à l’autre, il est important, selon l’intervenant, de penser davantage le local.  
Sur la question de la hiérarchie des sujets écologiques, une attention particulière a été donnée au manque de visibilité de la biodiversité dans l’espace public. Un parent pauvre qui est le révélateur d’une conception de la crise climatique selon laquelle la diminution des gaz à effets de serre est le principal enjeu de la lutte. Face à cela, la nécessité de faire évoluer l’imaginaire des français sur les questions climatiques et écologiques a été à nouveau soulevée, avec l’importance de la notion du vivant, et de l’écologie comme un tout.   
Les relations entre économie et écologie ont également été abordées. Pour l’un des intervenants, le système capitaliste n’est pas adapté à la transition écologique, pour autant, il n’existe pas encore d’alternatives durables à l’économie de marché soulignant la nécessité de créer une nouvelle économie : une économie écologique. Enfin, il a été souligné la nécessité de faire le lien entre transition écologique et question sociale, avec des politiques d’accompagnement de la transition. 

24

mars

2021

Les controverses écologiques

Évènement passé

Les Controverses Écologiques : Les jeunes et l’urgence climatique : avec, contre ou hors du système ?

Les intervenants

Benjamin Carboni

Éco-infuenceur et président de la fédération CleanWalker

Cha Bou

Étudiant membre d'Extinction Rébellion

Patrick Degeorges

Philosophe et professeur à l'école urbaine de Lyon

Yann Le Lann

Maître de conférences en sociologie à l'Université de Lille et coordinateur du collectif Quantité Critique

Pauline Bureau

Membre du bureau de La Fabrique Écologique

Lucile Schmid

Vice-présidente de La Fabrique Écologique

Voir la vidéo Écouter le podcast
Le 24 mars 2021, en partenariat avec Sorbonne Développement Durable, se déroulait la 7ème édition des Controverses écologiques. Le débat « Les jeunes et l’urgence climatique : avec, contre ou hors du système ? » a été animé par Lucile Schmid, vice-présidente de La Fabrique Écologique, et Pauline Bureau, membre de La Fabrique Écologique. Quatre intervenants ont participé à cette Controverse : Benjamin Carboni, éco-influenceur et président de la fédération CleanWalker, Cha Bou, étudiant et membre d’Extinction Rebellion, Patrick Degeorges, philosophe et professeur à l’école urbaine de Lyon, et Yann Le Lann, maître de conférences en sociologie à l’Université de Lille et coordinateur du collectif Quantité critique.
En introduction, les organisatrices de la Controverse ont rappelé que la jeunesse était souvent pensée comme quelque chose d’englobant, alors qu’il existe en réalité une grande diversité au sein de cette jeunesse qui s’engage pour l’écologie. Le point de départ de cette conférence est de déconstruire cette vision d’une jeunesse uniforme portée par celles et ceux qui ne sont plus jeunes. La suite de la conférence s’est articulée autour de trois grandes questions.
La première a porté sur le rôle et les actions des jeunes. Les deux intervenants venus témoigner en tant que jeunes, Cha Bou et Benjamin Carboni, ont souligné les difficultés rencontrées par la jeunesse aujourd’hui : l’impossible insouciance traditionnellement associée à cette période de la vie, le burn-out militant, la bienveillance hypocrite des pouvoirs publics qui tiennent la jeunesse éloignée des postes de pouvoir, la précarité, etc. Les autres intervenants ont questionné la définition de la jeunesse dans le contexte de l’urgence écologique. Pour Patrick Degeorges, il est possible d’imaginer une définition objective de la jeunesse en fonction du temps d’exposition à la dégradation de la planète : plus on est jeune, plus on sera exposé.e sur une longue période de temps aux risques climatiques et la destruction de la biodiversité. Yann Le Lann apporte son regard de sociologue des mouvements sociaux. Les enquêtes menées par son collectif Quantité Critique lors des marches pour le climat révèlent que ce que l’on appelle le « mouvement climat » n’est pas un mouvement de la jeunesse d’un point de vue sociologique. C’est en réalité un mouvement intergénérationnel. Les caractéristiques sociales des manifestants du vendredi (élèves et étudiants prenant part au mouvement « Friday for Future ») et de ceux du samedi (marches pour le climat) sont les mêmes : capital culturel important, sensibilité politique de gauche, etc. Il apparaît alors que les effets de transmission intergénérationnelle sont largement sous-estimés. Il y a pourtant une continuité des luttes entre les mouvements écologiques des années 1970 et les mouvements actuels qui ne sont pas le fruit d’une génération spontanée, mais bien d’un héritage culturel. La particularité des jeunes dans le mouvement climat tiendrait plus à la forme de leurs actions, qui sont souvent plus spectaculaires et visibles.
Sur la forme des actions, les intervenants ont tous abordé les enjeux de la radicalité. Le respect de l’intégrité des personnes est consensuel dans le mouvement climat. Les débats portent sur les dégradations matérielles telles que les sabotages. La dégradation matérielle ne semble pas si radicale si on l’inscrit dans le contexte de l’urgence climatique. Patrick Degeorges a précisé que les jeunes sont en train de rendre opérationnel sur le plan politique un certain nombre d’actions radicales, ceci dans un contexte opposé à la pensée de la radicalité, où le militant radical est considéré comme un terroriste.
La deuxième question abordée est celle de l’efficacité des actions menées par la jeunesse militante pour le climat. Les organisatrices ont souhaité adresser cette question aux intervenants, car d’une part, on reproche au mouvement climat son caractère élitiste qui peut réduire la portée de ses actions, et d’autre part les militant.e.s manifestent souvent un sentiment d’essoufflement. Cha Bou, membre d’Extinction Rebellion, souligne que la question de l’efficacité des actions dépend des objectifs visés. Certaines actions visent à faire changer l’opinion publique pour à terme faire évoluer la loi. Dans ce cas, les mobilisations peuvent prendre la forme de communication sur l’inaction des politiques. Il peut également s’agir de former de nouveaux.elles militant.e.s sur des actions avec de faibles risques juridiques. Dans ce cas, les actions sont efficaces. En revanche, si l’on s’attarde sur la courbe des émissions de CO2, les actions du mouvement climat semblent inefficaces, car elles n’ont pas réussi à infléchir sa trajectoire. Patrick Degeorges met en avant que l’efficacité des actions dépend des échelles. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer des actions ayant un réel impact à l’échelle globale, mais elles peuvent en avoir à l’échelle locale. Il est donc nécessaire d’inventer un nouveau récit permettant d’articuler ces échelles. Yann Le Lann juge quant à lui qu’il est trop tôt pour faire le bilan du mouvement climat, car d’une part, ce mouvement est très récent, surtout si on le compare au mouvement ouvrier qui a rencontré des succès après plusieurs décennies de lutte et d’autre part, le programme que se fixent les militants est immense.
Enfin, la troisième partie du débat a porté sur le rôle des institutions. Patrick Degeorges suggère qu’il y a des leviers de transformations importants du côté du droit à travers la reconnaissance des droits de la nature. Par ailleurs, le rôle de l’État doit évoluer pour que celui-ci soit le garant de la régénération des conditions de vie. Il est également nécessaire de faire évoluer le rôle du principe de précaution, qui suit actuellement une logique de gestion adaptative du risque. Selon Patrick Degeorges, il est nécessaire de réinvestir le principe de précaution pour en faire un principe d’expérimentation et de transformation. Pour Yann Le Lann, la question institutionnelle ouvre un chantier immense. Le mouvement climat est pris dans une contradiction, car il pense que l’action de l’État est une condition de réussite (d’où les actions d’interpellation).
Finalement, plusieurs personnes ont souligné que « les institutions ne sont pas faites de bois », mais d’êtres humains, et que c’est la transformation intérieure des personnes qui pourra faire évoluer les institutions et la société dans son ensemble.
 
Ouvrages cités lors de la conférence :
  • Le gang de la clef à molette, Edward Abbey (1975)
  • Comment saboter un pipeline, Andreas Malm
  • Pouvoir de la non-violence, pourquoi la résistance civile est efficace ? Erica Chenoweth / Maria J.Stephan, Calmann Levy, mars 2021 (sorti en 2011 aux Etats-Unis)
  • Le contrat naturel, Michel Serres
  • Nature humaine, Serge Joncour, Flammarion
  • Les finalités éducatives scolaires, tome 1 et tome 2, sous la direction de Yves Lenoir, édition Cursus universitaire
  • Le maître ignorant, cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle, Jacques Rancière, Fayard
  • Les besoins artificiels : comment sortir du consumérisme, Razmig Keucheyan, Édition Zones

16

décembre

2020

Les controverses écologiques

Évènement passé

Les Controverses écologiques : La publicité et la transition écologique

Les intervenants

Géraud Guibert

Président de La Fabrique Ecologique

Thierry Libaert

Vice-Président de La Fabrique Ecologique

Céline Pascual-Espuny

Directrice adjointe de l'IMSIC (Institut Méditerranéen des Sciences de l'Information et de la Communication)

Nathalie Pons

Directrice générale adjointe du groupe Havas

Renaud Fossard

Responsable du programme SPIM (Système Publicitaire et Influence des Multinationales)

Voir la vidéo Écouter le podcast
Le 16 décembre en partenariat avec Sorbonne Développement Durable, se déroulait la 6ème édition des Controverses Ecologiques. Le débat : « La publicité et la transition écologique » a été animé par Géraud Guibert et Thierry Libaert, respectivement Président et Vice-président de La Fabrique Ecologique et auteurs du rapport « Publicité et transition écologique ». Pour traiter de ce sujet, trois personnalités ont été conviées : Celine Pascual Espuny, Directrice adjointe de l’IMSIC (Institut Méditerranéen des Sciences de l’Information et de la Communication), Nathalie Pons-Dumain, Directrice générale adjointe du groupe Havas Paris et Renaud Fossard, Responsable du programme SPIM (Système Publicitaire et Influence des Multinationales).
En introduction, les intervenants ont rappelé le contexte de prise de conscience de l’impact écologique du secteur publicitaire. Le débat s’est ensuite organisé autour de trois questions : quel rôle peut jouer la publicité dans la transition écologique ? Quel diagnostic porté sur la régulation du secteur ? Au delà de la régulation, quelles sont les autres mesures pertinentes ? Cette dernière question a permis d’aborder la question de l’interdiction de la publicité pour certains produits ou services.
Il a été rappelé le caractère puissant de la publicité à travers son impact sur le comportement des gens. Pour certains intervenants, le rapport entre publicité et transition écologique n’est pas nécessairement négatif, il serait au contraire souhaitable de s’appuyer sur la publicité pour orienter les comportements de consommation vers des pratiques et produits plus responsables. Par ailleurs, le secteur de la publicité serait d’ores et déjà en train de prendre en compte les enjeux écologiques dans ses pratiques en évaluant l’impact carbone de son activité.  D’autres intervenants partagent la vision selon laquelle la publicité pouvait être un levier pour promouvoir les produits bas carbone, mais qu’elle restait peu régulée sur l’ensemble des enjeux macroéconomiques tels que la pollution directe et la génération de phénomène de surconsommation de masse.  La publicité devrait véhiculer des valeurs telles que le non gaspillage, ou le choix du produit le plus écologique et le plus éthique. 
Sur la question de la régulation, certains intervenants considèrent qu’il est nécessaire de mettre en place une autorité de régulation indépendante qui intégrerait l’ensemble des parties prenantes. D’autres intervenants ont privilégié la formation des futurs communicants et collaborateurs sur les règles de déontologie et les nouvelles formes et fonds de communication. Les trois intervenants ont partagé le constat d’un dysfonctionnement de l’ARPP. 
Concernant les autres outils de politiques publiques, certains intervenants ont considéré que certains produits polluants ne devraient plus être l’objet de publicité et que ces interdictions devaient être complétées par une action au niveau macroéconomique à travers des barrières à l’entrée : plafonnement des dépenses publicitaires, taxation des flux. Pour d’autres, il est difficile de déterminer quels produits interdire et d’en dresser une liste noire sans critères définis. A l’inverse, il est possible de mettre en place un bonus pour les espaces publicitaires communicant sur des produits en faveur de la transition écologique. Enfin, certains ont proposé un dispositif d’interdiction de la publicité lorsque celle-ci concerne des produits qui prochainement interdits à la vente.
La parole a ensuite été donnée à la salle qui était très impliquée dans le débat.  Selon certains internautes, la réflexion des entreprises et associations n’est pas assez avancée sur des modèles positifs et sur la situation vers laquelle on tire.  Certains pensent qu’un échelonnement des mesures est nécessaire et que l’interdiction d’un secteur entier aura un effet systémique sur d’autres. Enfin, les trois intervenants ont dit le mot de la fin en demandant des réformes structurelles à travers une meilleure régulation et fiscalité du secteur.

Les controverses écologiques

Le concept

Les Controverses Ecologiques ont pour objectif de réunir des personnalités ayant travaillé sur le fond sur un sujet d’actualité et de les faire débattre et échanger. Depuis novembre 2018, ces Controverses sont organisées en partenariat avec Sorbonne Développement Durable.