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Évènements passés

09

mars

2022

Les controverses écologiques

Évènement passé

Les Controverses Écologiques : Quelles transformations des modes de consommation pour la transition écologique ?

Les intervenants

Géraud Guibert

Président de La Fabrique Ecologique

Pascale Hébel

Directrice du pôle Consommation et entreprise au Crédoc

Sophie Dubuisson-Quellier

Directrice de recherche en sociologie au CNRS, directrice adjointe du Centre de Sociologie des Organisations et membre du Haut Conseil pour Climat

Gildas Bonnel

Président de Sidièse, agence de conseil en communication responsable

Antoine Autier

Responsable du service des études et du lobby au sein de l'UFC-Que Choisir

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Le 9 mars 2022, en partenariat avec Sorbonne Développement Durable, s’est tenue la douzième édition des Controverses Écologiques. Le débat « Quelles transformations des modes de consommation pour la transition écologique » a été animé par Géraud Guibert. Pascale Hébel, Directrice du pôle Consommation et entreprise au Crédoc, Sophie Dubuisson-Quellier, Directrice de recherche en sociologie au CNRS, directrice adjointe du Centre de Sociologie des Organisations et membre du Haut Conseil pour Climat, Gildas Bonnel, Président de Sidièse, agence de conseil en communication responsable et Antoine Autier, Responsable du service des études et du lobby au sein de l’UFC-Que Choisir étaient en notre compagnie pour débattre de cet enjeu.
En introduction, ont été soulignées les grandes évolutions récentes du pouvoir d’achat. Globalement ces dernières années, il a évolué de façon hétérogène (il n’évolue pas pour les catégories défavorisées notamment). La part des dépenses contraintes (énergie, loyer, etc.) ainsi que l’aspiration à consommer de manière plus responsable ont augmenté.
Les intervenant.e.s se sont exprimé.e.s sur les évolutions structurelles de la consommation. Quelques grandes observations sont à prendre en compte lors de l’élaboration des mesures de la transition écologique :
– La hausse de prix de l’énergie et de l’alimentation accroit une inégalité préexistante (les inégalités autour des dépenses contraintes se sont accentuées au cours des quarante dernières années) et réduit le pouvoir d’achat effectif des ménages (ou « reste à vivre »).
– Les émissions de gaz à effet de serre du régime alimentaire moyen baissent, du fait d’une diminution de la part carnée. À cela, trois facteurs explicatifs : vieillissement de la population, prise en compte des problématiques nutritionnelles et des enjeux écologiques.
– Concernant les évolutions des comportements de consommation vers des modes plus responsables, les plus « engagé.e.s » ne sont pas ceux.celles qui font les meilleurs gestes. Selon les travaux du CREDOC, ce profil consommateur se caractérise par un haut capital culturel. De petits gestes de consommation seront certes déculpabilisants, mais leur bénéfice est annulé par l’impact d’autres consommations (automobile, avion). La contribution aux émissions de gaz à effet de serre est donc inégale entre groupes sociaux.
– En vue d’orienter la consommation, l’information est un moyen de diriger le consommateur vers des pratiques plus responsables (en première étape). En ce sens, des propositions internalisent les externalités des produits (« prix vert », « bonus-malus »).
– Le nexus « communication, publicité, média », chaîne de valeur entremêlée, est un puissant outil pour pourvoir le consommateur en éléments de comparaison entre produits. La Convention Citoyenne pour le Climat présentait plusieurs mesures prohibitives pour le secteur. Il convient donc de s’interroger quant à sa capacité/volonté de valorisation d’un changement de comportement et d’usage. Il convient également de questionner l’efficacité des chartes d’auto-régulation du secteur.
– La représentation d’un bonheur basé sur l’accumulation reste prégnante, notamment chez les plus jeunes et les populations les plus éloignées de la consommation. Autrement dit, chez ceux.celles qui aspirent à posséder ce que d’autres ont pu consommer auparavant. Deux catégories de populations demeurent aussi particulièrement imperméables au changement : les plus de soixante ans et les plus riches.
– Le marché représente un espace d’incitation et d’information dans tous sens auxquelles les consommateur.ice.s sont soumis.e.s, de la sobriété à la consommation débridée. En miroir de ce que l’on observe sur l’énergie et avec les énergies renouvelables, la consommation engagée s’exprime aux marges du marché et non pas en son cœur. C’est une consommation peu ancienne, qui ouvre de nouveaux espaces de consommation. Le secteur de l’offre y répond sur un plan marketing. Avec cette double détente, le consommateur est placé dans système d’injonctions contradictoires.
La seconde partie du débat s’est penchée sur les possibilités d’action, où comment outiller les consommateur.ice.s de manière à orienter leurs choix.
– Une attention particulière portera sur la construction d’outils informatifs. Au-delà de la bonne nouvelle de l’arrivée d’un système de notes, la possibilité d’interférences de la part des professionnels des secteurs concernés dans l’élaboration des indicateurs qui les composent nécessite une vigilance accrue de la part des ONG.
– Contre-intuitivement, les outils d’affichage (Nutriscore, etc.) sont des outils de régulation de l’offre et non de la demande, en cela qu’ils redistribuent une partie des mécanismes de la concurrence sur d’autres objectifs que les initiaux.
– La normativité doit être en mesure d’envoyer des messages clairs sur des consommations encouragées et découragées, en s’appuyant par exemple sur le biais de la taxe. La question de la consommation étant centrale, le signal-prix est un levier d’action. Pour preuve, lorsque les offres durables ont des prix similaires aux offres classiques, elles s’avèrent tout aussi attirantes pour les consommateur.ice.s.
En conclusion, les intervenant.e.s ont souligné que des modifications de consommation se sont esquissées durant la pandémie de Covid (consommations ostentatoires chamboulées, par exemple). Elles sont à identifier et à accompagner. Moins consommer neuf, réparer sont aussi des pistes. Ces pistes doivent être identifiées, accompagnées et associées à d’autres, telles que la sobriété ou la réparation par exemple.

09

février

2022

Les controverses écologiques

Évènement passé

Les Controverses Écologiques : Quelle nouvelle économie pour la transition écologique ?

Les intervenants

Géraud Guibert

Président de La Fabrique Ecologique

Harold Levrel

Professeur en économie écologique à AgroParisTech et chercheur au CIRED

Mireille Bruyère

Maîtresse de conférences en sciences économiques à l'université de Toulouse Jean Jaurès, chercheuse au Centre de recherche et d'études Travail organisation pouvoir du CNRS et membre du Conseil scientifique d'ATTAC France

Nathalie Boyer

Ambassadrice de l'Economie circulaire auprès du Ministère de la Transition Ecologique, vice-présidente du Conseil National de l’économie circulaire et déléguée générale d'ORÉE

Philippe Portier

Secrétaire national de la CFDT au sein de la Commission Exécutive

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Le 9 février 2022, en partenariat avec Sorbonne Développement Durable, s’est tenue la onzième édition des Controverses Écologiques. Le débat « Quelle nouvelle économie pour la transition écologique » a été animé par Géraud Guibert. Harold Levrel, Professeur en économie écologique à AgroParisTech et chercheur au CIRED, Mireille Bruyère, Maîtresse de conférences en sciences économiques à l’université de Toulouse Jean Jaurès, chercheuse au Centre de recherche et d’études “Travail organisation pouvoir” du CNRS et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France, Nathalie Boyer, Ambassadrice de l’Economie circulaire auprès du Ministère de la Transition Ecologique, vice-présidente du Conseil National de l’économie circulaire et déléguée générale chez ORÉE et Philippe Portier, Secrétaire national de la CFDT au sein de la Commission Exécutive étaient en notre compagnie pour débattre de cet enjeu.
 
 
En introduction, il a été regretté l’absence des réflexions sur la transformation structurelle de l’économie dans les débats électoraux. L’accent a également été mis sur la nécessité de sortir des clivages du passés (planification/marché, nationalisation/privatisation…) qui ne sont pas au cœur des nouveaux clivages découlant de la transition écologique.
Les intervenant.e.s ont tout d’abord été invité.e.s à répondre à la question suivante : En quoi le système économique actuel ne convient pas et comment faut-il le transformer ? Chaque intervenant a fait part de ses convictions, avec des approches différentes :
– la tendance à penser que le sens du progrès réside dans la croissance des sphères serait le problème majeur. On ne pourrait pas parler de transition écologique sans remettre en question la croissance économique ;
– les indicateurs qui guident l’action publique devraient être élargis, notamment à des enjeux écologiques : l’artificialisation des sols et les gaz à effet de serre. Ainsi, pour défendre la place du non marchand, des outils légaux se déploient et ne demandent qu’à être appliqués ;
– il faut raisonner en termes d’économie circulaire. Dans ce contexte, la sobriété est essentielle et vient questionner le sujet des ressources ;
– il convient de choisir les secteurs qui doivent décroître et de faire d’avantage appel aux services des écosystèmes naturels sans puiser dans leurs ressources en misant sur l’économie symbiotique.
La seconde partie a permis d’aborder la question de l’action: que peut-on faire pour rendre l’économie compatible avec écologie. Plusieurs pistes ont été évoquées. Sur l’économie circulaire, on a souvent tendance à aborder l’économie circulaire uniquement par l’aspect aval et à ne pas évoquer l’économie de la fonctionnalité. L’approche reste trop portée sur les déchets. Il a aussi été rappelé que l’économie circulaire semble dépassée ou non appropriée pour certains secteurs (exemple du textile avec la fast fashion pour lequel le système de recyclage est complètement saturé).
Un autre levier d’action envisagé est l’économie de proximité. Les intervenant.e.s ont montré qu’il fallait envisager une relocalisation globale, pour des raisons aussi bien environnementales que sociales, même si ce processus est très complexe (question des coûts de production, des capacités productives, du savoir-faire). Cependant, ce type d’économie n’est pas pertinent sur tous les plans, il faut ainsi d’abord interroger pour quel contexte il est intéressant de relocaliser. Pour que cela fonctionne, il faut d’abord regarder les besoins du territoire, faire un écosystème productif et des synergies entre les entreprises d’un même territoire.
Enfin, les intervenant.e.s ont été appelés à proposer leur recommandations. Les niveaux de productivité actuels sont obtenus par la division du travail. Celle-ci implique des inégalités économiques et sociales et des impacts écologiques insoutenables. La transition écologique doit à l’inverse faire diminuer les inégalités.
De manière générale, il va falloir faire disparaître certains secteurs et entreprises tout en transformant les emplois détruits. La question se pose donc d’une garantie d’emploi pour favoriser la création des emplois verts. Il y a aussi tout un ensemble de normes, de règles de fiscalité qui vont devoir être adaptées à la transition écologique.
 Il convient enfin de développer une forme de démocratisation des organisations du travail. Les grandes structures productives sont en outre si puissantes qu’il faudrait diminuer la taille des systèmes de production pour que la bifurcation productive soit effective. Pour que tous ces objectifs fonctionnent, il faut impérativement anticiper et mettre en place des revenus de transition.
En conclusion, les intervenant.e.s ont mis en évidence la nécessité d’adopter une approche systémique et de sortir d’une vision en silo afin d’enrichir le débat.

19

janvier

2022

Les controverses écologiques

Évènement passé

Les Controverses Écologiques : Quelle nouvelle organisation du territoire pour la transition écologique ?

Les intervenants

Hélène Peskine

Secrétaire permanente du Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA) au sein du Ministère de la Transition écologique.

Magali Reghezza-Zitt

Géographe, co-directrice du Centre de formation sur l’environnement et la société de l'ENS, membre du HCC.

Xavier Desjardins

Professeur en urbanisme et Aménagement de l'espace à Sorbonne Université, chercheur et consultant (coopérative Acadie), auteur de nombreux ouvrages sur l'aménagement du territoire.

Olivier Razemon

Journaliste indépendant et auteur du livre : "Les Parisiens", une obsession française - anatomie d'un déséquilibre.

Géraud Guibert

Président de la Fabrique Écologique

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Le 19 janvier 2022, en partenariat avec Sorbonne Développement Durable, s’est déroulée la dixième édition des Controverses Écologiques. Le débat « Quelle nouvelle organisation du territoire pour la transition écologique » a été animé par Géraud Guibert, président de La Fabrique Ecologique. Hélène Peskine, Secrétaire permanente du Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA) au sein du Ministère de la Transition écologique ; Magali Reghezza-Zitt, géographe, co-directrice du Centre de formation sur l’environnement et la société de l’ENS, membre du HCC ; Xavier Desjardins, professeur en urbanisme et Aménagement de l’espace à Sorbonne Université, chercheur et consultant (coopérative Acadie), auteur de nombreux ouvrages sur l’aménagement du territoire et Olivier Razemon, journaliste indépendant et auteur du livre : « Les Parisiens », une obsession française – anatomie d’un déséquilibre étaient en notre compagnie pour débattre de cet enjeu .
En introduction, il a été rappelé que cette controverse s’inscrit dans un cycle de discussions sur des sujets structurels qui devraient être au cœur des débats autour de la présidentielle. Le choix du terme « organisation » plutôt que celui d’« aménagement » est volontaire car il ne s’agit pas ici seulement d’un enjeu d’infrastructures. Par ailleurs, s’il est évident que le mille-feuille territorial ne facilite pas la transition écologique, cette controverse n’a pas vocation à traiter des problèmes de l’architecture des collectivités locales.
Les intervenant.e.s ont commencé par expliciter leur vision de l’organisation du territoire dans la transition écologique. Aujourd’hui, elle est trop souvent considérée comme le mode de relation entre l’Etat et les collectivités locales alors qu’une vision holistique permettrait de s’en servir comme un levier invisible permettant d’aborder l’ensemble des dimensions de la transition écologique. D’un autre côté, l’organisation du territoire appelle à une refondation intellectuelle : il faut penser la diversité des modèles de transition par les territoires.
La première partie du débat s’est concentrée sur l’approche locale de l’organisation du territoire en termes de rapprochement entre domicile, lieu de travail, lieu de loisir et lieu de consommation. Les intervenant.e.s ont d’abord rappelé la nécessité de se méfier des limites d’une telle conception : la vie n’étant pas linéaire, les individus ne sont pas assignés à résidence, il est donc impossible de fixer un lien perpétuel entre là où on travaille et là où on vit. D’autre part, l’objectif de rapprochement des emplois et des habitations est, certes souhaitable, mais extrêmement difficile à mettre en œuvre, notamment parce que tous.tes les citoyen.ne.s ne vivent pas dans un seul logement (10 % des français.e.s vivent quotidiennement dans deux logements différents). De la même manière, si les français.e.s prennent de plus en plus conscience de l’aspect subi, imposé de leurs transports quotidiens, des contradictions demeurent. En effet, une enquête de l’Insee montre que les individus désirent à la fois se rapprocher de leur lieu de travail mais refuse d’abandonner la voiture et le pavillon. L’intérêt ici serait donc davantage d’apprendre à articuler les fonctions urbaines entre elles. Enfin, il convient de regarder l’ensemble des parties prenantes, en particulier les entreprises, qui dépendent et impactent l’organisation du territoire et dont les flux ont un gros impact carbone. D’un autre côté, l’organisation du territoire va devoir prendre en compte une nouvelle donne : l’environnement et le climat changent, ce qui sous-tend des pressions supplémentaires sur les systèmes (en termes de valeurs, de co-bénéfices). Dans ce contexte, les aspirations de gouvernance peuvent changer très vite. Certains facteurs qui incitaient auparavant les populations à s’installer quelque part ne vont plus être rentables (augmentation du coût des énergies fossiles, pression sur les ressources alimentaires/agricoles, exposition aux risques…). La discussion sur l’organisation du territoire perd son sens si on ne prend pas en compte ces données changeantes. Pourtant, les documents d’urbanisme sont très en retard dans la prise en compte de tous ces nouveaux impacts à court terme.
La seconde partie de la Controverse a cherché à analyser deux enjeux sous-jacents à l’organisation du territoire : l’étalement urbain et l’artificialisation des sols. S’il existe tout un arsenal juridique pour contraindre l’occupation des zones à risques, l’enjeu principal est de parvenir à le faire respecter. Or, à ce titre, la question foncière joue un rôle déterminant. C’est pourquoi l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) ne résiste pas à la pratique du terrain et ne doit pas être pensé uniquement à travers une seule dimension. L’objectif ZAN est aussi problématique de par son ambiguïté : on ne sait pas vraiment ce dont on parle. En outre, les modalités actuelles de fonctionnement des services publics ne permettent pas sa mise en œuvre.
Enfin, la troisième partie du débat s’est intéressé aux fractures territoriales. Les intervenant.e.s ont rappelé que les métropoles n’étaient pas vivables à long terme d’un point de vue écologique (pollution) mais aussi psychologique (mal-être) ou économique (coût de l’immobilier à Paris). D’où le rejet de la part des autres régions vis-à-vis de la région parisienne, une autre forme de fracture territoriale qui sous-tend la question de la vivabilité du territoire. Par ailleurs, le but d’une politique d’aménagement du territoire n’est pas de redistribuer les populations mais d’égaliser les conditions de chance et de vie entre les territoires. En France, les villes ont tendance à avoir une oscillation démographique lente. Il faut donc affronter de manière plus réaliste l’évolution démographique : comment vivre bien tout en étant plus ou moins nombreux, sans chercher à atteindre une taille de population optimale et sortir de l’idée que l’attractivité d’une ville est liée au nombre de ses habitants.
Pour conclure, les intervenant.e.s ont noté l’ambition que soulève la question de l’organisation du territoire dans un contexte de transition écologique. L’adaptation signifie qu’il va falloir des grands travaux avec une vision nationale. Pour cela, il faut dépasser le débat local versus national qui empêche d’avancer. A l’heure actuelle, les objectifs de la Stratégie Nationale Bas carbone (SNCB) ne peuvent être remplis car l’organisation du territoire ne le permet pas : il faut à la fois des objectifs, des jalons temporels et des mécanismes de compensation.
 

15

décembre

2021

Les controverses écologiques

Évènement passé

Les Controverses Écologiques : A la lumière des scénarios publiés, quelles priorités pour la transition énergétique ?

Les intervenants

Jacques Rigaudiat

Conseiller maître honoraire à la Cour des comptes

Valérie Quiniou

Directrice exécutive prospective et recherche à l'ADEME

Yves Marignac

Porte-parole de NégaWatt

Behrang Shirizadeh

Chercheur et consultant sur la transition énergétique, auteur principal des travaux du CIRED sur le mix électrique et énergétique de la France

Géraud Guibert

Président de La Fabrique Ecologique

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Le 15 décembre 2021, en partenariat avec Sorbonne Développement Durable, se déroulait la neuvième édition des Controverses Écologiques. Le débat « A la lumière des scénarios publiés, quelles priorités pour la transition énergétique ? » a été animé par Géraud Guibert, président de La Fabrique Ecologique. Quatre intervenants ont participé à cette Controverse : Yves Marignac, porte-parole de Négawatt, Valérie Quiniou, directrice exécutive prospective et recherche à l’Ademe, Jacques Rigaudiat, conseiller-maître honoraire à la Cour des comptes, et Behrang Shirizadeh, chercheur et consultant sur la transition énergétique, auteur principal des travaux du CIRED sur le mix électrique et énergétique de la France. 
En introduction, il a été rappelé que l’objectif de cette controverse était avant tout de recentrer le débat dans un contexte où des assertions parfois caricaturales sont proclamées à l’occasion de la campagne présidentielle sur les thématiques énergétiques et où les discussions se limitent à une opposition entre le nucléaire et les énergies renouvelables.
Les différents intervenants ont rapidement présenté la méthodologie et les principaux résultats de leurs scénarios respectifs. Les scénarios de l’Ademe se sont appuyés sur les récits de société produits par le Giec. Les travaux menés par le CIRED montrent quant à eux qu’un mix électrique 100% renouvelable ne serait que très légèrement plus cher que le mix actuel. Les scénarios produits par Negawatt s’appuient sur le triptyque « sobriété, efficacité énergétique, énergies renouvelables ».
La première partie du débat a concerné la demande d’énergie. Pour Negawatt, non seulement la diminution de la demande d’énergie est possible, mais elle est également indispensable. Les trajectoires qui ne prennent pas en compte une réduction de la demande énergétique s’exposent à des difficultés, notamment sociales. Pour l’Ademe, la réduction de la demande est également incontournable, et est présente dans tous les scénarios, y compris le plus consommateur qui repose sur une baisse d’environ 20% de la consommation d’énergie finale. La question de l’acceptabilité de la sobriété est rapidement apparue dans le débat. Pour certain, le mouvement des Gilets Jaunes illustre le refus de se soumettre à des contraintes sur l’énergie. Pour d’autre, il illustre au contraire la mauvaise introduction d’une politique de sobriété sans prise en compte des inégalités sociales. Par ailleurs, si d’hypothétiques mouvements sociaux sont à craindre en réaction à la mise en œuvre de mesures de sobriété, d’autres risques sont également à prendre en compte, comme les retards dans le développement de technologies aujourd’hui peu matures ou leur rejet par les populations. Les intervenant.es s’accordent sur la nécessité de concertation en amont des politiques publiques de sobriété. Par ailleurs, la maîtrise de la consommation d’énergie peut s’accompagner de co-bénéfices qu’il faut mettre en avant, comme la réduction de la vulnérabilité de certains ménages face à la précarité énergétique.
La seconde partie de la controverse a porté sur la place accordée à l’énergie non électrique dans un scénario de neutralité carbone. Il a été rappelé en effet que la décarbonation de l’électricité est insuffisante, cette dernière n’est pas adaptée à certains usages, notamment industriels ou de transports par poids lourds. Les intervenant.e.s ont échangé autour des potentiels du biogaz et de la biomasse. La France dispose en effet d’un grand potentiel de biogaz. Le développement de ce dernier ne doit néanmoins pas rentrer en concurrence avec les cultures alimentaires. Il est donc important de se limiter aux utilisations des co-produits et de sous-produits.
Lors de la troisième partie de la controverse, les intervenants ont précisé les critères qui à leurs yeux devaient être pris en compte dans la constitution du mix énergétique. Il a été rappelé que la question de la transition énergétique va soulever des questions qui vont au-delà de la seule composition du mix énergétique, et notamment sur les réseaux (flexibilité, bidirectionnalité, décentralisation, etc.). Ces questions sont souvent invisibilisées. La neutralité carbone doit être atteinte en optimisant le coût de la transition. Le caractère démocratique de cette dernière est également crucial. Enfin, les mix énergétiques doivent être évalués selon le type de gouvernance qu’ils engendreront, leurs impacts sur la biodiversité, leur résilience face aux effets du changement climatique, leurs impacts sur l’emploi ou encore leur compatibilité avec l’échelle européenne. Les différents mix dessinent des paysages très différents, notamment en termes de risques.
En conclusion, les intervenant.es ont souligné la nécessité de multiplier les exercices de débat autour des questions de transition énergétique qui sont encore trop absentes ou maltraitées dans cette époque de pré-campagne présidentielle.

14

septembre

2021

Les controverses écologiques

Évènement passé

Les Controverses Écologiques : Quels enjeux écologiques pour les prochaines élections présidentielles ?

Les intervenants

Dalibor Frioux

Écrivain, philosophe, consultant en communication institutionnelle, co-fondateur du Prix du Roman de l'Écologie

Jean Daniel Levy

Directeur du département Politique et Opinion de l'Institut Harris Interactive

Sylvie Ollitrault

Directrice de la recherche à l'École des hautes études en santé publique, directrice de recherche au CNRS

Géraud Guibert

Président de La Fabrique Ecologique

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Le 14 septembre 2021, en partenariat avec Sorbonne Développement Durable, se déroulait la huitième édition des Controverses Écologiques. Le débat « Quels enjeux écologiques pour les prochaines élections présidentielles ? » a été animé par Mathilde Boitias, directrice de La Fabrique Ecologique. Quatre intervenants ont participé à cette Controverse : Dalibor Frioux, écrivain, consultant en communication institutionnelle, co-fondateur du Prix du Roman de l’Écologie ; Jean Daniel Levy, directeur du département Politique et Opinion de l’Institut Harris Interactive ; Sylvie Ollitrault, directrice de la recherche à l’École des hautes études en santé publique, directrice de recherche au CNRS et Géraud Guibert, président de La Fabrique Écologique. 
En introduction, il a été rappelé l’inquiétude croissante des français face au dérèglement climatique et, in extenso, l’intérêt montant de ces derniers pour les questions écologiques. Pour autant, face à ce constat, il a été question du décalage dans les imaginaires entre ce qui est et ce que devrait être la transition écologique. Le débat s’est ensuite organisé autour de quatre questions : quels sont les leviers d’actions pour que le débat écologique s’étende, se diversifie et prenne de l’ampleur ? Quels sont les enjeux de la co-construction citoyenne ? Y a-t-il une hiérarchie des sujets écologiques ? Quelles relations entre économie et écologie ?  
Sur les leviers d’actions nécessaires et disponibles à la lutte pour une nouvelle considération des enjeux écologiques dans le débat public, les intervenants ont tous souligné l’importance des mouvements sociaux avec une idée forte : la mobilisation sociale précède et amène le politique à intégrer, sur le modèle de l’offre et de la demande, les revendications émises. Cependant, un clivage sur les moyens d’enclencher un tel mouvement a émergé : si certains soulignent que la peur est un moteur pour se mettre en mouvement, d’autres craignent un effet paralysant et évoquent l’importance d’établir un futur désirable, force de mobilisation. Sur cette question, l’un des intervenants a souligné la place des émotions dans le débat écologique. 
Dans ce cadre-là, les enjeux de la co-construction et de la Convention Citoyenne pour le Climat ont également été abordés. Les intervenants ont souligné l’existence d’une fracture entre la population et ses élites, perçue par certains intervenants comme un obstacle à la mobilisation des masses. Ce à quoi s’est opposé un autre intervenant pour qui la colère, générée par le manque de considération de la parole citoyenne par les autorités politiques dans le cadre de concertations, peut être identifiée comme une dynamique sociale. La colère peut être un motif de mobilisation come ce fut le cas à Notre-Dame-des-Landes.  Par ailleurs, un autre obstacle à la co-construction a été évoqué lors du débat : la fracture entre les élites centrales et les collectivités territoriales. Dans le cadre de la transition écologique, les solutions doivent être adaptées et adaptables à chaque territoire car les problématiques ne sont pas les mêmes d’un espace à l’autre, il est important, selon l’intervenant, de penser davantage le local.  
Sur la question de la hiérarchie des sujets écologiques, une attention particulière a été donnée au manque de visibilité de la biodiversité dans l’espace public. Un parent pauvre qui est le révélateur d’une conception de la crise climatique selon laquelle la diminution des gaz à effets de serre est le principal enjeu de la lutte. Face à cela, la nécessité de faire évoluer l’imaginaire des français sur les questions climatiques et écologiques a été à nouveau soulevée, avec l’importance de la notion du vivant, et de l’écologie comme un tout.   
Les relations entre économie et écologie ont également été abordées. Pour l’un des intervenants, le système capitaliste n’est pas adapté à la transition écologique, pour autant, il n’existe pas encore d’alternatives durables à l’économie de marché soulignant la nécessité de créer une nouvelle économie : une économie écologique. Enfin, il a été souligné la nécessité de faire le lien entre transition écologique et question sociale, avec des politiques d’accompagnement de la transition. 

Les controverses écologiques

Le concept

Les Controverses Ecologiques ont pour objectif de réunir des personnalités ayant travaillé sur le fond sur un sujet d’actualité et de les faire débattre et échanger. Depuis novembre 2018, ces Controverses sont organisées en partenariat avec Sorbonne Développement Durable.