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Dépasser l’indignation climatique : le débat Gemenne – Guibert

Publié le 2 mai 2023

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Article publié

À l’occasion de la publication des livres de Géraud Guibert et François Gemenne, La Fabrique Ecologique a organisé, le 17 avril 2023, un évènement-débat entre les deux auteurs. Il était animé par Lucile Schmid, vice-présidente de La Fabrique Écologique, et s’est déroulé à la salle des Canaux.
Interrogé par Lucile Schmid sur les termes “d’absence de consensus” utilisés dans son livre, François Gemenne a soulevé que durant longtemps nous avons pensé que l’écologie – puisqu’elle touchait à des biens communs, tels que le climat, ou la biodiversité – allait spontanément donner lieu à un mouvement commun. Cependant, il constate qu’à l’heure actuelle, bien que le constat du changement climatique fait l’objet d’une certaine unanimité, les solutions elles, sont débattues, expliquant ainsi cette “absence de consensus”.
Géraud Guibert a ensuite abordé la notion de “malentendu climatique” centrale dans son ouvrage. Il explique qu’elle renvoie à l’inadaptation des messages des élites à destination des citoyens, conduisant à deux catégories principales de malentendus : les débats non essentiels pour la transition et la présence de convergences des élites qui ne permettent aux citoyens ni de prendre part à l’action ni d’exiger l’action de leurs institutions. On comprend alors que le malentendu repose sur les solutions et les acteurs qui doivent porter la transition environnementale. François Gemenne poursuit sur la tension entre les causes auxquelles les citoyens sont sensibles et leurs intérêts individuels. Il met en avant que l’amélioration des conditions de vie prime souvent, lors du vote, sur l’action contre le réchauffement climatique, perçue comme un ensemble d’efforts à fournir et de sacrifices pour le futur, impliquant de mettre de côté ses propres intérêts immédiats.
Géraud Guibert rebondit en pointant du doigt la responsabilité des élites qui ne présentent pas un certain nombre de réformes structurelles, pourtant importantes pour le climat et conformes aux intérêts d’une grande partie des citoyens. Il souligne que les points d’action cités tournent principalement autour du nucléaire, de la voiture électrique et de la rénovation des logements, au détriment de solutions présentant une véritable transformation de la société. Pour illustrer cela, il présente différents exemples, comme le rapprochement des lieux de vie, de loisir, et de consommation avec le lieu de travail ou encore le passage à l’économie circulaire.
En ce sens, François Gemenne souligne la crainte des personnalités politiques, notamment écologistes, que les changements ne soient pas acceptés par les citoyens, préférant alors se concentrer sur une approche technique. Cette vision est, selon lui, le résultat d’une vision claire du monde vers lequel on ne veut pas aller et de l’absence de vision claire du quotidien dans un monde décarboné. Il met en avant la nécessité de repenser un certain nombre de concepts et de structures, hérités de l’exploitation des énergies, telles que la souveraineté, la liberté, l’égalité, l’équité ou la responsabilité pour qu’elles correspondent à une société décarbonée et structurent l’imaginaire d’une société future à laquelle on aspire. Géraud Guibert partage l’idée selon laquelle nous manquons de vision claire des choix techniques et du modèle de société auxquels renvoient une France, ou une Europe décarbonée. Il présente la nécessité d’un discours, notamment sur la sobriété, correspondant aux intérêts des citoyens. L’auteur met en avant le bénéfice d’une telle approche, afin de concerner les personnes déjà dans une situation de “sobriété forcée” et de dépasser la colère et le sentiment d’impuissance.
Interrogé sur le rôle de la France, face à un enjeu global tel que la transition écologique, François Gemenne expose que pour lui il est essentiel de travailler avec les pays du sud pour réduire non seulement “nos” émissions de GES, mais “les” émissions de GES. Il présente ainsi l’idée selon laquelle la France ne doit pas se limiter à la part supposée de ses émissions dans le monde, mais agir avec plus d’ambition, au profit des générations futures. Géraud Guibert émet son désaccord avec l’universitaire sur cette question. Pour lui, le discours écologique, afin d’être audible, doit s’incarner dans la société et suivre les intérêts nationaux. Le levier d’action tourné vers l’étranger se situe alors autour d’aspects commerciaux préférentiels pour les Etats qui respectent les enjeux de la transition. La question de l’économie régénérative est alors abordée, Géraud Guibert met en avant l’importance des entreprises dans le changement, mais précise que l’économie et les entreprises ne peuvent pas prétendre, à elles seules, apporter l’ensemble des transformations nécessaires à la transition écologique. François Gemenne complète son propos en mettant en avant l’impératif du temps, forçant au pragmatisme et empêchant de baser le débat et les efforts sur un bouleversement profond de l’économie et des entreprises.
Sur la question des moyens d’action de la jeunesse, ensuite abordée, Géraud Guibert met en avant que l’indignation ne soit pas suffisante. Selon lui, elle doit être remplacée par une logique d’interpellation, présentant non seulement les problèmes, mais des solutions concrètes pour régler ces problèmes, à la fois à l’échelle individuelle et collective. Il expose la nécessité de mettre en avant des questions systémiques, y compris dans le débat public, qui ont l’avantage de présenter des améliorations sur la condition des individus. François Gemenne, souligne l’importance de l’indignation au moment de lancer l’alerte, mais la nécessité de la remplacer par l’action maintenant que l’alerte a été donnée. Il met cependant en avant l’importance des actions de militance, telles que les marches et les grèves pour le climat, qui ont eu un véritable impact sur la création d’une opinion publique mondiale sur le sujet.
En tant que co-auteur du GIEC, François Gemenne met ensuite en avant la victoire de ce groupe qui est devenu une référence quasi systématique dans les discours politiques et militants. Pour lui, cela entraine également des problèmes, car leurs propos sont instrumentalisés et déformés, alors même que l’usage d’un rapport du GIEC est perçu comme un argument d’autorité. Géraud Guibert, réagit en mettant en avant le risque à “suivre la science” sur les questions de transition car cela revient à placer la science au cœur des débat démocratiques, alors même qu’il existe une diversité de solutions, qu’il faut coconstruire, avec les scientifiques qui en évaluent l’impact et la portée, mais également avec les citoyens.
Rebondissant aux questions du public, François Gemenne aborde la question du marketing, centrale dans les choix de consommation, ce qui la rend centrale sur la question de désirabilité de la transition. Il présente alors, la nécessité pour rendre un modèle de consommation désirable, de travailler sur les sciences comportementales et avec les spécialistes du marketing. Géraud Gibert précise que les modèles de consommation et les aspirations s’alignent aujourd’hui sur celles des plus riches. Pour lui, il est donc nécessaire d’inciter, voire de contraindre à la sobriété les plus riches. Pour autant, selon lui, il est contreproductif d’opposer : croissances/décroissance, car la décroissance doit, pour lui, se concentrer sur certains aspects et s’accompagner d’un changement plus profond, des valeurs dans nos sociétés. Ce débat, dont vous pouvez trouver la retransmission sur Facebook, aura donc ouvert un espace de débat très intéressant grâce aux interventions enrichissantes des participants et du public.

 

Retrouvez le replay de l’évènement ici.

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