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La guerre des prix : alerte sur une situation industrielle et agricole
Publié le 20 octobre 2026
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Article publié
La guerre des prix dans la grande distribution fragilise les agriculteurs et les industriels, tout en compromettant la souveraineté alimentaire et la transition écologique. Dans son rapport, Antoinette Guhl analyse les déséquilibres qui traversent la chaîne de valeur alimentaire et les mécanismes qui permettent aux distributeurs de préserver leur rentabilité au détriment des autres acteurs. Elle revient sur les limites des lois censées encadrer ces pratiques, les conséquences pour l’agriculture biologique et les difficultés à financer la transformation des modes de production. Elle propose également des pistes pour rééquilibrer les rapports de force, mieux répartir la valeur ajoutée et construire un système alimentaire plus juste et durable.
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Membre du parti Les Écologistes, Antoinette Guhl est sénatrice de Paris depuis le 24 septembre 2023. Elle a consacré plusieurs commissions d’enquête aux dysfonctionnements économiques qui fragilisent nos territoires. Après les eaux minérales naturelles et les aides publiques aux grandes entreprises, elle s’est intéressée aux marges de la grande distribution.
Pourquoi des agriculteurs « ne vivent pas bien de leur travail » quand, dans le même temps, « le pouvoir d’achat des consommateurs s’amenuise » ?
Le 19 mai 2026, la commission d’enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution, présidée par Anne-Catherine Loisier, a adopté le rapport d’Antoinette Guhl sur les déséquilibres dans les négociations entre la grande distribution, les industriels et les agriculteurs. Elle montre comment la concentration du secteur et la guerre des prix fragilisent les fournisseurs et déséquilibrent le partage de la valeur.
Pour la sénatrice, la guerre des prix est un cercle vicieux, destructeur de valeur pour l’agriculture comme pour l’industrie. Face à un rapport de force largement favorable à la grande distribution, elle appelle à lever l’opacité qui entretient ce système et à renforcer la transparence pour mieux répartir la valeur tout au long de la chaîne alimentaire.
Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce rapport ? Quels étaient vos objectifs et quelles sont les difficultés que vous avez pu rencontrer durant votre enquête ?
Ce qui m’a poussée à faire ce rapport sur les déséquilibres dans les négociations entre la grande distribution, les industriels et les agriculteurs c’est que je me questionnais beaucoup, au moment des différentes crises agricoles, sur le revenu agricole.
J’étais étonnée qu’on ne traite jamais de ce qui fait le revenu, c’est-à-dire la vente. Je me disais ainsi qu’un jour ou l’autre il faudrait tout de même qu’on s’intéresse au prix de vente des produits agricoles et aux produits de grande consommation.
Le deuxième point auquel je m’intéressais c’était la consommation, par exemple avec le cas de traitements illégaux de l’eau de Nestlé Waters.
Je me suis penchée sur les stratégies des industriels et de la grande distribution pendant la période inflationniste de 2021 à 2023. Je ne comprenais pas comment, d’un côté de la chaîne, les agriculteurs pouvaient avoir du mal à vivre de leur travail et, de l’autre, les consommateurs voir leur pouvoir d’achat diminuer au point d’avoir du mal à joindre les deux bouts. Je me suis donc demandée ce qui se passait tout au long de la chaîne, de la production agricole jusqu’à la vente en magasin, notamment dans la répartition de la valeur et la formation des prix. C’est ainsi que m’est venue l’idée de proposer une commission d’enquête sur le sujet.
Ce rapport sert à donner l’alerte sur la situation économique de l’industrie et de l’agriculture. J’évoque les deux parce que je pensais qu’il n’y avait que l’agriculture qui était en danger mais en réalité l’industrie agroalimentaire l’est aussi. Je ne parle pas des grandes structures, c’est-à-dire les 2 % ou 3 % de multinationales, même s’il vaut mieux qu’elles soient en bonne santé pour le reste de notre économie, puisqu’elles sont aussi sur nos territoires.
Je m’adresse plutôt à l’ensemble des PME qui représentent environ 33 % de l’industrie agroalimentaire et qui sont de plus en plus nombreuses à être déficitaires. Cela signifie que la situation de crise s’accélère pour l’industrie également.
Ce rapport alerte sur une situation économique et agricole dangereuse pour nos territoires, car la situation est grave : si les industriels disparaissent alors se sont aussi des emplois et des agriculteurs qui disparaissent.
La guerre des prix repose sur le pouvoir de marché considérable de la grande distribution et ne profite pas non plus aux consommateurs pour plusieurs raisons.
D’abord, il n’existe pas de corrélation directe entre les résultats des négociations commerciales et l’évolution des prix de vente au cours de l’année.
Autrement dit, quand une négociation des prix se termine à une hausse de seulement 0,02 %, les prix en rayon peuvent augmenter de 1 %. C’est là une grande partie du problème : la grande distribution exerce une forte pression sur les prix négociés avec ses fournisseurs, sans nécessairement répercuter les baisses obtenues sur les consommateurs.
Ensuite, lorsque ces baisses sont répercutées, elles le sont de manière inégale, notamment sur des produits de moindre qualité, tandis que les produits de meilleure qualité peuvent faire l’objet de marges plus importantes. C’est précisément cette péréquation des marges que je souhaitais dénoncer, car elle soulève des questions qui dépassent les seules négociations commerciales : celles de la qualité de l’alimentation et de la santé publique.
J’ai donc examiné différentes pratiques de la grande distribution, qu’elles soient licites ou qu’elles relèvent parfois du contournement de la loi. Si une partie des enseignes affiche des marges d’environ 2 %, ces chiffres restent déclaratifs. La grande distribution étant organisée en réseaux d’indépendants, il faudrait agréger les données des différentes enseignes, notamment Leclerc, Intermarché, Carrefour et Système U, pour obtenir une vision plus complète de leurs marges.
La question des marges soulève également celle du contournement de la loi et des arrangements avec la réglementation, notamment à travers le recours aux centrales d’achat européennes. Ces structures permettent à la grande distribution de capter une partie de la valeur en dehors de la France. Les centrales de services fonctionnent ainsi comme une forme de péage pour accéder aux réseaux de distribution, tout en étant établies à l’étranger afin de contourner la réglementation française, pourtant conçue pour protéger les agriculteurs.
Vous dites assez souvent « ils » en désignant les acteurs de la grande distribution, est-ce que vous pouvez nous dire qui sont les principaux acteurs et comment s'exprime leur pouvoir de marché aujourd'hui ?
Il y a quatre grands acteurs dans la grande distribution : Leclerc, avec 24 % de parts de marché, Carrefour avec 22 %, Intermarché avec 17,5 % et Système U avec 12,5 %. Ces quatres groupes représentent 75 % des parts de marché du secteur. À cela s’ajoutent d’autres acteurs, comme Auchan et Lidl qui détiennent chacun 8 % de parts de marché et Aldi, qui en représente 3 %.
On a donc quelques acteurs qui concentrent un pouvoir de marché très important. Et comme si cela ne suffisait pas, certains vont s’allier pour négocier les prix. On se retrouve ainsi avec des alliances qui peuvent peser jusqu’à 40 % de parts de marché, comme lorsque Système U et Carrefour s’allient. Seul Leclerc fait le choix de rester seul. Cela veut dire que chaque industriel doit négocier avec des distributeurs qui représentent au minimum 24 % du marché.
C’est là que réside la puissance de la grande distribution et qui constitue en soi un véritable pouvoir de marché.
C’est particulièrement visible dans le cas de Leclerc, dont les fournisseurs ont du mal à se passer, puisqu’il représente à lui seul un quart du marché à l’échelle nationale. Si l’on regarde à l’échelle régionale, sachant que certaines PME ne desservent pas l’ensemble du territoire on peut se retrouver en Bretagne, par exemple, face à un distributeur qui détient 40’% des parts de marché. On observe donc une hyperconcentration qui déséquilibre les négociations et rend difficile l’établissement de rapports de force plus équitables.
À ce pouvoir de marché viennent s’ajouter des pratiques qui peuvent être abusives. Prenons l’exemple du déréférencement : lorsqu’un fournisseur refuse la réduction de prix demandée par un distributeur, celui-ci peut décider de retirer tous ses produits des rayons. C’est une pratique interdite.
Est-ce que vous pouvez expliquer en quoi consiste la guerre des prix dans la grande distribution ?
Avant toute chose, je vous invite à aller voir le film « La guerre des prix ». Il est très intéressant, car nous sommes arrivés aux mêmes conclusions avec le réalisateur. Il y a également des éléments que ni le film ni le rapport n’ont abordés, tant ils nous paraissaient énormes. Nous nous sommes dit que les gens n’y croiraient pas si nous les écrivions.
Au cours de mon enquête, j’ai découvert des tarifications complètement disproportionnées, dont un appelé « top to top ». Il consiste à organiser une rencontre entre les dirigeants de deux structures qui négocient, par exemple le patron d’Intermarché et celui d’une entreprise industrielle. Or, ce service était facturé 400 000 euros. Si j’écrivais que la grande distribution faisait payer une rencontre entre deux dirigeants à un tel prix, on pourrait penser que j’invente. Ces services ont peu d’intérêt à être concrètement matérialisés : ils servent surtout à être inscrits sur un papier pour permettre de facturer les sommes correspondantes. C’est pour cela que je parle d’un véritable droit de péage.
La guerre des prix fonctionne comme un cercle vicieux. Dès qu’un distributeur s’engage dans cette logique, les autres sont entraînés à leur tour, car aucun ne peut se permettre d’être beaucoup plus cher que ses concurrents. L’objectif est donc de négocier les prix les plus bas possible pour l’ensemble des produits. Mais ces négociations profitent aussi aux autres enseignes lorsqu’elles sont alliées, ce qui contribue à entretenir la guerre des prix.
Cette logique touche également les fruits et légumes. Les agriculteurs nous ont expliqués que les distributeurs attendaient parfois le pic de la récolte, puis revenaient sept jours plus tard pour acheter les fruits à un tiers du prix. L’agriculteur, lui, n’a pas d’autre choix que de continuer à récolter, au risque de perdre sa production.
En France, cette guerre des prix a commencé avec Michel-Édouard Leclerc. Elle est aussi liée à la loi de modernisation de l’économie (LME), qui, selon cette analyse, permet aux distributeurs de négocier les prix les plus bas au nom de la protection du consommateur. L’État leur laisse donc une grande marge de manœuvre dans la fixation des prix.
Qu’en est-il des surmarges sur les produits bio ?
Si l’on veut que cette guerre des prix permette au plus grand nombre d’accéder à une alimentation de qualité, il faut que les agriculteurs puissent vivre de leur travail. Or, elle déstabilise l’agriculture et l’industrie agroalimentaire, sans garantir une meilleure alimentation : les produits vendus avec les marges les plus faibles sont souvent les moins sains.
Le rapport soulève également la question de la publicité. N’aurait-il pas fallu interdire la publicité comparative pour limiter les effets de cette guerre des prix ? La troisième étude de l’UFC-Que Choisir, publiée en 2026, montre que les produits bio supportent des marges supérieures de 80 % à celles des produits conventionnels. Les fruits et légumes non bio sont eux-mêmes davantage margés que les produits ultra-transformés. On entend souvent que le bio coûte cher parce que sa production est plus coûteuse. En réalité, son prix élevé s’explique aussi par les marges pratiquées sur ces produits.
J’ai également relevé des différences de marges entre les produits destinés aux femmes et aux hommes, liées à la taxe rose. J’ai interrogé tous les industriels sur ce sujet et ils nous affirment qu’en l’absence de différence technique, les prix devraient être identiques. Pourtant, on remarque une différence de prix.
Comment la grande distribution parvient-elle concrètement à préserver sa rentabilité et à transférer la contrainte des prix bas vers l’amont de la chaîne ?
Il y a une dizaine d’années, l’industrie occupait une place prédominante dans la filière alimentaire. Aujourd’hui, on imagine souvent que les industriels réalisent des marges importantes, mais ce n’est pas le cas : la marge de l’industrie agroalimentaire se situe autour de 3,2 à 3,5 %, et non de 15 %. La marge est une construction comptable.
D’abord, les distributeurs ont récupéré une grande partie du pouvoir publicitaire des industriels et dépensent environ 3,4 milliards d’euros par an en communication, ce qui réduit leur marge. Les rémunérations très élevées de certains dirigeants de magasins contribuent également à la réduire, avec des salaires pouvant atteindre 25 millions d’euros par an.
Ensuite, les centrales de services situées à l’étranger permettent de faire transiter une partie des revenus hors des comptes des entités françaises. Les grands distributeurs expliquent que cet argent revient en France, mais certaines de ces centrales disposent de plusieurs centaines de millions d’euros de trésorerie. Elles encaissent des sommes importantes en contrepartie des services qu’elles facturent.
Enfin, les loyers des magasins constituent une autre variable, qui réduit les marges. Les distributeurs peuvent acheter les murs de leurs magasins puis les louer à des prix très fluctuants, ce qui permet de mettre de côté une partie importante de la marge.
Quelles sont les conséquences structurelles de ces pratiques et du déséquilibre du rapport de force sur la souveraineté alimentaire et la transition écologique ?
Le déséquilibre est considérable et favorise clairement la grande distribution. Les pratiques observées sont parfois abusives et s’accompagnent d’un transfert de marge entre acteurs. De plus, l’absence de comptes consolidés empêche de vérifier correctement la répartition des revenus. Cette opacité, qui semble en partie volontaire, est particulièrement problématique.
L’opacité fragilise les agriculteurs et les industriels, avec des conséquences pour l’ensemble de la société. Non seulement elle élimine des filières entières, mais elle remplace aussi la production française, dans le meilleur des cas par des filières européennes, mais aussi par celles d’autres pays où l’industrie a réussi à se maintenir.
La question des matières premières est également essentielle. Il faut pouvoir identifier leur origine, car les matières agricoles françaises peuvent être remplacées par des matières européennes soumises à des normes différentes. Cette évolution est préoccupante, comme l’illustre notamment le débat autour de la loi Duplomb. Elle se traduit déjà dans les chiffres : la part de la valeur ajoutée de la filière alimentaire liée aux importations atteint aujourd’hui 34 %, contre 21 % il y a dix ans.
Le rapport montre que ce système fait reculer notre souveraineté alimentaire. La part de la valeur ajoutée revenant à l’agriculture n’est plus que de 8‘%, contre un peu plus de 10‘% il y a dix ans.
La richesse créée dans la filière bénéficie donc de moins en moins aux producteurs et aux industriels, qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour investir dans les grands défis à venir : agriculture biologique, transformation des modes de production, plantation de haies ou décarbonation des chaînes de production. Ces transitions coûtent cher et, sans répartition équitable de la valeur ajoutée, les investissements ne suivent pas. Ils pourraient même diminuer davantage, comme l’a montré la contraction de la filière bio après l’inflation.
La contraction du marché bio s’explique, selon moi, à la fois par un problème de demande et par un problème d’offre. Il y a une demande qui n’a pas suivi parce que le niveau de l’inflation était trop élevé pour les consommateurs et il y a une offre qui a déréférencé des produits plutôt que de soutenir la filière bio.
Les acteurs de la grande distribution font la pluie et le beau temps sur chacun des sujets. Ils font ce qu’ils veulent, y compris sur la question des investissements écologiques.
Cette contraction s’explique, selon moi, à la fois par une demande insuffisante, les consommateurs ayant été fortement touchés par l’inflation, et par une offre qui n’a pas été soutenue. Au lieu d’accompagner la filière biologique, certains distributeurs ont choisi de déréférencer des produits.
Quel rôle jouent la loi LME de 2008 et les lois EGalim en vigueur ? Quelles sont leurs principales limites et les pistes d'amélioration envisageables ?
La loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008 a contribué à instaurer cette guerre des prix. Il aurait peut-être fallu davantage la contraindre, car elle accorde à la grande distribution une grande liberté dans la fixation des prix.
La loi EGalim tente de limiter ces dérives en maintenant la liberté de négociation tout en imposant une meilleure prise en compte des matières premières agricoles. Toutefois, la grande distribution contourne largement ces dispositions : soit en ne protégeant pas suffisamment la rémunération de ces matières premières, soit en augmentant abusivement la valeur des matières premières industrielles pour éviter de toucher à la composante agricole.
La date butoir du 1er mars pour les négociations constitue néanmoins une avancée importante. Sans cette échéance, les négociations pourraient se prolonger de manière insupportable pour les industriels et les agriculteurs.
Qu’en est-il du droit à la concurrence ?
Lorsque des agriculteurs ou des organisations de producteurs se mettent d’accord sur des prix, leurs accords peuvent être considérés comme des ententes contraires au droit de la concurrence. Or, quand ces mêmes distributeurs se regroupent pour négocier et imposer leurs conditions, ces alliances sont autorisées.
Le droit à la concurrence est ainsi présenté comme un moyen de garantir les prix les plus bas aux consommateurs, ce qui permet aux distributeurs de justifier certaines pratiques. Il ne s’agit pourtant pas toujours d’une véritable concurrence libre, puisque les enseignes peuvent elles-mêmes s’allier pour renforcer leur pouvoir de négociation. Ainsi, j’estime que ce n’est pas tout à fait un droit à la libre concurrence. Les lois EGalim devront donc être revues, même si leur existence constitue déjà un point positif.
Vous proposez plusieurs solutions dans votre rapport, notamment les circuits alternatifs, pour rééquilibrer la chaîne de valeur. En quoi consistent-ils et pourquoi peuvent-ils proposer des prix en moyenne 12,5 % inférieurs à ceux des supermarchés traditionnels ?
Les circuits alternatifs permettent de réduire le nombre d’intermédiaires et donc certains coûts. Ils comprennent la vente directe à la ferme ou dans les magasins de producteurs.
Dans le cas des ventes directes, les chercheurs ayant étudié ces modèles ont observé que les prix y étaient relativement stables. Il y avait une sorte de relation de confiance entre le consommateur et l’agriculteur qui peut être très avantageuse à la fois pour l’agriculteur et pour le consommateur qui s’en sortent largement mieux qu’avec la grande distribution.
L’écart de prix entre les produits bio et conventionnels est également bien plus faible dans ces circuits : il se situe autour de 10 à 15 % dans la vente directe, contre 80 %, 100 %, voire 200 % dans la grande distribution.
Cependant, ces circuits ne représentent aujourd’hui qu’environ 5 % de l’approvisionnement alimentaire. Ils ne peuvent donc pas encore rivaliser à grande échelle avec la grande distribution, dont la force repose notamment sur la continuité de l’approvisionnement et le maillage du territoire.
Par ailleurs, le métier des agriculteurs n’est pas de vendre. Ainsi, quand on leur donne ce nouveau métier à faire, c’est aussi de nouvelles compétences et de nouvelles tâches, qu’ils ne peuvent pas toujours assumer compte tenu de leurs semaines déjà très chargées.
Même si ces pratiques sont vertueuses, elles ne pourront pas remplacer la grande distribution à très grande échelle. En France, les investissements ont été colossaux pour le maillage du territoire, et un retour en arrière n’est pas nécessairement souhaitable. En revanche, ce qui le serait, c’est qu’il y ait d’autres pratiques de la grande distribution et qu’on puisse avoir des prix plus corrects. Pour cela, il faut continuer à développer les circuits parallèles.
Pour conclure, auriez-vous d’autres recommandations ?
Il faut avant tout renforcer la transparence. Je pense que la consommation est aussi une question d’éducation : même si les responsabilités ne reposent certainement pas toutes sur les consommateurs, leur donner les moyens de comprendre leurs achats peut leur permettre de faire d’autres choix.
Je souhaite donc que les produits, ou au moins les produits frais, indiquent la part du prix qui revient au producteur. Si l’on sait, par exemple, que l’achat d’une tomate française rémunère le producteur à hauteur de 1,30 €, contre 0,50 € pour une tomate marocaine, cela peut influencer nos choix de consommation.
La question de la transparence est par conséquent une priorité à mes yeux. Ce qui maintient ce système, c’est l’opacité dans laquelle il est créé.
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